[Critique] « Nos batailles » de Guillaume Senez

5 nov

nosbatailles

C’est nos fils, nos batailles oh oh oh.

 

 

 Romain Duris en petit chef dans une usine sans âme, au début, on a du mal à y croire. Ses premières répliques sont scrutées et il est limite avec sa diction peu évidente, ses mots mangés qui empêchent une autorité, et puis, il y a ces rôles qui lui collent à la peau, l’étudiant peigné ou le beau gosse barbu. Mais voilà que l’humanité de son regard va réussir à nous emballer une fois de plus.

 C’est qu’en père dépassé, il se pose là : il ne fait plus attention à la personne avec laquelle il vit, il enchaîne les heures supplémentaires et assiste souvent aux réunions syndicales, pour venir embrasser ses enfants avant qu’ils ne s’endorment, avec ce genre de réflexion anodine : « Ils sont pas encore couchés ? ». Le film a le mérite d’aborder des sujets actuels mais malgré tout délaissés tels que les mères qui éduquent les enfants seules, même quand le père est encore là, l’obligation d’être heureux quand on est parent et même l’obstacle à la lutte politique que constitue le couple, comme si la hiérarchie des priorités s’inversait.

 Nos batailles embrasse même les générations, en donnant la parole à la mère du personnage incarné par Duris, comme pour indiquer que, de tout temps, les mères ont eu le mauvais rôle, parce que les hommes travaillent plus et parce qu’ils s’accomplissent en dehors du foyer. Avec l’émancipation de la femme dans nos sociétés, c’est le fait même de faire des enfants qui est remis en cause au-delà de savoir qui va les éduquer. Lætitia Dosch, qui incarne la femme qui s’est accomplie dans un métier artistique et qui n’a pas de progéniture par choix, apporte un vrai plus au film, par son rôle et par son jeu instinctif.

 Film social assumé, ce filon-là est creusé comme une fierté et l’envie de ne pas tomber dans un cinéma du divertissement est évidente, vrai point fort du film. Preuves supplémentaires : les dirigeants offrent des bonnets de Noël pour se protéger du froid, ils sont peu compréhensifs, le médecin dévoile toutes les maladies et points faibles à la direction et les employés sont virés comme dans la vraie vie, sans ambages. Ah non, le Figaro aurait sans doute précisé qu’ils ne se font pas virer mais que leur CDD n’est pas renouvelé, nuance. Mais nous ne sommes pas le Figaro, n’est-ce pas ?  Un cinéma du réel scénarisé en quelque sorte. Avis aux amateurs du genre.

 

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