[Critique] « Mademoiselle de Joncquières » d’Emmanuel Mouret

12 oct

Après vous, je n'en ferai rien pffffff

Après vous, je n’en ferai rien pffffff

 

On retrouve un Emmanuel Mouret des grands jours après quelques films en deçà - c’est surtout « Caprice » qui était moins bon- et c’est une belle nouvelle pour tout le cinéma français. Dans la continuité de ses films précédents et sans avoir peur du dialogue, des jeux de mots, des situations simples mais cocasses, il continue son travail d’envergure beaucoup plus grande qu’il n’y parait. Il réhabilite presque ce que l’on nomme aujourd’hui le mensonge mais qui est au fond, l’art du discours, de plaire par les mots.

Ce qui est beau ici c’est que plus que l’amour ou le sexe, c’est quelle place doivent occuper les plaisirs charnels dans l’amour et qu’est ce aimer sans faire l’amour, ou encore un esprit libre est-il libertin ou bien amoureux? A travers Cécile De France, incarnée par l’amour pur et dur, et Edouard Baer en marquis séducteur parfait, on visite les états d’âme de chacun de nous et même d’Eric. On peut tous se reconnaitre en lui en tant qu’homme, qui ne refuse pas les sentiments mais qui a besoin de plaire, de prouver sa virilité aux yeux du monde entier – il y a des présidents qui ont des grands palaces et d’autres qui chassent les ours à mains nues encore aujourd’hui- et elles peuvent s’identifier à elle qui souffre même si elle a des atouts pour plaire mais qui est prisonnière de l’amour chevaleresque et immaculé qui ne souffre d’aucun compromis.

La situation de départ, commune intemporelle et universelle, se corse et se complique agréablement. Après le temps de la découverte et des balades agréables – quelle mise en scène virtuose avec deux simples chaises et le bruit d’un ruisseau- il y a le temps des manigances. Aidée par une Laure Calamy qui prends son envol – elle ne fait non plus seulement pipi debout mais elle est magnifique dans « Ava » et en secrétaire perdue d’amour dans la série « Dix pour cent »!- Cécile De France nous livre une interprétation pleine de naturel, de méchanceté rentrée de très haut niveau pour faire apparaître Alice Isaaz en beauté jeune et relève prochaine du cinéma français en rivale contre laquelle on ne peux pas lutter. Tout ou presque est subtil ici, et quand il y a une lourdeur on la pardonne tant elle parait volontaire.

Si le film est particulièrement réussi c’est entre autres parce que Mouret rencontre son époque de prédilection, argumenter autour de l’amour, palabrer puis écouter l’autre discourir sur les sentiments, les siens ou ceux des autres est terriblement de ce siècle là, le dix-huitième. Et quel plaisir d’entendre tout cela plutôt qu’un  » je sais pas moi, le feeling » ou  » je sais ce que je veux mais surtout ce que je ne veux plus ». 

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