[Critique] « Guy » d’Alex Lutz

25 sept

 

Un sacré Guy

Un sacré Guy.

 

 Comment réussir à faire un film profond, intéressant, en parlant d’un chanteur à succès des années nostalgie (la radio, mais aussi le sentiment) en cette bonne vieille France ? Comment nous faire suivre sans ennui la vie privée et la vie show-business d’un vieillard qui eut son succès en son temps sans tomber dans l’écueil du « C’était mieux avant » ? Les réponses qu’apporte Alex Lutz – acteur principal et réalisateur – à son projet sont simples : il évite de brosser le portrait de façon caricaturale et s’attache à montrer l’humanité d’un homme complexe, capable au retour d’une soirée, avec des jeunes femmes serviables et serviles, de donner quelques billets à un clochard.

 Flanqué d’une panoplie vestimentaire et capillaire à la Guy Lux (peut-être la vraie origine du prénom), le chanteur un peu crooneur a du Michel Sardou dans les mains, cette façon de jouer, de tenir le micro comme une prolongation de la main, de prononcer le mot « sein » comme émancipateur à lui seul, mais a aussi du Christophe, époque Aline, ou du Dave dans la prononciation nasale des paroles de certaines chansons. D’ailleurs, le charme suranné tient surtout à ces chansons qui, comme dans  Podium, ont un effet feel good movie – c’est un bonheur à ne pas bouder de voir Marina Hands, proche d’une Jakie Quartz au top de sa forme, et Élodie Bouchez, en femme parfaite aux yeux de Guy car éternellement jeune, ex-épouse du chanteur symbole.

 Ce film, c’est aussi une époque plutôt déplorable où l’on ne parlait pas politiquement correct, puisque la pensée derrière ne l’était pas, et c’est aussi ce qui fait son succès, certes. Les mecs disent volontiers qu’une fille n’est qu’un physique, voire même qu’un cul, la laque ouvre un peu plus la couche d’ozone, les gens fument sans complexe ni honte, et quand on dit « Ta gueule » à une femme plutôt que « Fais attention à ce que tu dis », elle ne s’en offusque pas. L’expression « Connard de droite », pour une personne qui ne respecte pas les autres, était quant à elle déjà en vogue car régnait dans le show-biz la reconnaissance de Coluche.

 Mais, au milieu des quarante-cinq tours et des souvenirs parfois diffus du héros vieillissant, et de sa femme Pascale Arbillot en bobo férue d’astrologie canine, règne le cœur d’une époque, ni moins bien ni meilleure que les autres, qui bat et qui mérite sa reconnaissance. Julien Clerc, piano et voix, des chansons simples à la Joe Dassin, du Robert Charlebois et son Montréal universel comme une ouverture sur les autres, des madeleines de Proust pour tout le monde à partager sans modération. Finalement, c’est la vieillesse qui nous attend tous qui est tendre ici, et le temps qui passe, et c’est pas grave. À jamais Guy…

 

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