[Critique] « Une pluie sans fin » de Dong Yue

7 sept

 

 

une pluie sans fin

 

 Le film noir est un genre à part entière, qui plus est quand il est sombre dans la météo et dans les cœurs. C’est dans cette spirale, sublimée par la mise en scène, par les images marquantes, par la végétation, la pluie et la pollution omniprésentes, par la tristesse des habitants et des travailleurs, que se trouve la clef du plaisir à prendre avec ce film. Loin du long-métrage purement positif, ensoleillé et festif comme il en existe des tas, Une pluie sans fin cultive sa différence et nous entraîne dans un quotidien peu reluisant où un crime est un élément qui brise la routine et se révèle intéressant. 

 Si le pan politique est ici important (on fait souvent la critique des autres pays au travers d’une histoire banale pour dire que les autres souffrent, mais les étrangers doivent aussi se faire une image de la France par nos films), il n’est pas forcément le plus creusé. Des allusions sur l’ouverture vers Hong Kong comme paradis possible mais plus comme un idéal façon Shangri-La qu’un endroit réel, et une misère noire, des sols sales, des grosses usines polluantes et fumantes qui en viennent à fermer malgré tout, voilà pour ce que l’on pourrait appeler le volet sociétal.

 Là où le réalisateur, pour son premier film, réussit un tour de force admirable, c’est que c’est en montrant un quotidien qu’il nous implique dans la vie du pays tout entier, et qu’il nous montre le déséquilibre fou présent dans la tête du chef de la sécurité de l’usine comme une banalité. Sacrifier l’amour – quel personnage contrasté joué par Jiang Yiyan, blasé et mélancolique, sublime et effacé – et l’amitié mais aussi son travail pour enquêter sur un meurtre à en finir obnubilé, dingue et fasciné par la mort elle-même.

 Il s’agit aussi d’un film sur la mémoire : comme on peut se demander si tout cela a vraiment eu lieu, ou seulement en partie, l’usine une fois fermée reste là, et la salle des remises de récompenses désaffectée semble avoir été un mirage. Est-ce que nos petites vies sont vraiment vécues ? Est-ce que l’amour tout autour existe réellement ? Est-ce que nous sommes uniques ou des millions de semblables comme les géniales scènes de cohue, de foule le suggèrent ? 

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