[Critique] « Tully » de Jason Reitman

23 juil

 

TULLY - Official Teaser Trailer - In Theaters April 20

« Rhooo ce laisser-aller, tout de même ! ».

 

 

 Tout d’abord, un bravo sarcastique à certains critiques : « maman paumée » pour RTL Girls, comme si la naissance d’un enfant ne concernait que les girls, ou « Charlize Theron s’enlaidit » pour 20 minutes. Pour reprendre le ton féministe et provocant, on pourrait dire : « Non, en fait, elle devient simplement mère mais apparemment ça vous dépasse ». À moins que le journaliste trop pressé d’écrire son article – en vingt minutes ? – ne confonde l’actrice et le personnage ?

 Jason Reitman, après avoir réalisé Juno (Juno c’est terriblement Tully, elle adooore les enfants, tous !) et avoir essayé de nous faire croire que la gamine de quinze ans qui veut garder son gosse est libre, ne peut se départir ici d’énormes stéréotypes : le papa joue aux jeux vidéos et rentre tard en pleine forme, la maman est jalouse et dévisage les femmes qui ont su rester minces et va jusqu’à se prouver qu’elle vaut mieux en les dépassant à la course. Le réalisateur n’a même pas pris la peine de nous montrer des personnages complexes avec leurs limites touchantes, comme dans tout bon film d’auteur, et, pire, il ne remet pas une seule fois sa culture en question, sûr de la politique nataliste.

 Le mari ne se rend pas compte que sa femme va mal, pourquoi pas, mais elle n’essaie même pas de le cacher, on se demande si le scénario a été oublié ou si c’est le jeu des acteurs qui pose problème. À moins que dans l’anglais américain le ver ne soit dans le fruit : à force de demander seulement : « Are you OK ? », la réponse est : « Oui » ou « Non », pas de nuance autorisée.

 Le film manque de rythme dès son début, trop mou et sans véritable intérêt, et propose quelques petites blagues marmonnées au second degré, car l’on n’ose pas se plaindre franchement, mais ce n’est pas non plus désagréable, on se sent quand même dans un film réfléchi et l’on prend de temps en temps la maman en empathie, une ambiance à la Noah Baumbach mais sans Greta Gerwig, très citadine. Mais Charlize Theron a pris vingt kilos on vous a dit ? Moi aussi, et ça ne fait pas de moi un excellent acteur !

 On n’évite pas de critiquer la victime facile de l’époque, les bobos, mais de façon assez tendre cette fois, sans doute parce que l’on fait partie du lot. Une jeune femme aux cheveux multicolores s’adresse ainsi à un enfant : « Non, c’est mauvais pour la santé » quand celui-ci lui demande s’il peut manger des nuggets de poulet. L’américain qui voyage, qui fait attention à ce qu’il mange et qui veut être heureux, incarné par le beau-frère, est un beauf acceptable. 

 Le principal mérite de ce film est de parler du baby blues, même si l’on ne croit pas trop à Charlize Theron en femme moyenne, cette période délicate, et de populariser ce thème par un long-métrage accessible et grand public. Mais quelle idée d’esquiver ou de survoler tous les sujets qui fâchent ! La scène qui pourrait emmener le film vers quelque chose de neuf est très distanciée et l’on ne voit aucune sensualité, elle est bâclée et l’on passe banalement à la suite. Encore une fois, c’est l’homme qui demeure satisfait et la femme qui se décharge de son devoir conjugal. Il y a une certaine liberté dans les intentions mais elle ne semble pas assumée, pas réellement montrée, dommage.

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