[Critique] « Fais de beaux rêves » de Marco Bellocchio

8 jan

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Le chantage à l’émotion.

 

 

 Marco Bellocchio renoue ici avec une tradition : celle de faire jouer des acteurs français dans un cinéma italien. Si l’on voit ainsi Emmanuelle Devos dans un rôle de maman protectrice et couveuse, et Bérénice Bejo en médecin, parlant toutes les deux admirablement bien la langue de Moretti, l’on a quand même l’impression qu’elles sont, comme trop de personnages, des performances isolées dans un ensemble bouffon et tapageur.

 C’est le chantage à l’émotion permanent du réalisateur qui donne avant tout cette impression. L’enfant qui est en chacun de nous et dans chacun des plans est exaspérant. Il n’a de cesse de cabotiner et d’amplifier sa peine, ses joies plus rares, sa foi lorsqu’elle se présente. Passent encore les instants de danse avec maman, déprimée mais souriante, mais que les colères et les caprices éclatant lors de l’enterrement rappellent les plus mauvais moments de La vie est belle ! Et les références sont toutes trop appuyées : l’enfant deviendra chroniqueur sportif, et ce parce qu’il voyait le stade de son équipe de prédilection – le Torino – depuis son balcon. Belphégor, un feuilleton anxiogène de la même époque, revient dès que l’enfant a peur, comme si une ou deux fois ne suffisaient pas à nous faire comprendre qu’il est dans l’incapacité d’affronter la vie de face.

 L’autre immense problème du film est la complaisance avec les thèmes que le réalisateur choisit de critiquer : le voyeurisme journalistique voudrait être dénoncé mais, alors qu’il nous emmène en Bosnie-Herzégovine pour nous montrer la surenchère imbécile : la course à la plus belle photo, il finit par un long plan sur une femme voilée gisant au sol. Quand il s’agit de nous indiquer à quel point la télévision a pu être nocive pour son peuple, il glorifie, en filmant longuement encore une fois, des émissions tout à fait dispensables. Il paraît qu’il s’en prend aussi à la famille, à la religion, à la culture italienne… ah bon.

 Il y a cependant un moment intéressant, qui dure environ un quart d’heure, où une question à la fois existentielle et contemporaine est abordée, involontairement semble-t-il : un journaliste qui a pignon sur rue doit-il s’exprimer sans calculs, avec son cœur, quitte à passer pour un niais, un sentimental ? Une fois arrivé à un poste à responsabilités, est-ce que l’on peut être soi-même de temps en temps ? La parenthèse est refermée aussitôt sans que l’on ait pu entrevoir l’opinion de Marco Bellocchio.

 

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