[Critique] « Maman a tort » de Marc Fitoussi

3 déc

mamanatort

C’est aussi une chanson de Mylène mais aucun lien, fils unique.

 

 Voilà une réussite totale, qui va pas mal énerver les spectateurs qui s’attendent à une soupe populiste. Marc Fitoussi décide d’afficher ses opinions plus clairement que dans ses précédents longs-métrages, et elles ne vont pas dans le sens du vent car elles sont heureusement politiquement correctes et jamais fausses. Mais ce ne sont pas ses idées qui sont originales ou choquantes, c’est sa mise en scène tout en douceur, une progression qui peut faire comprendre des choses à l’adolescent en politique qui est en chacun de nous, qui en est presque intéressante.

 Émilie Dequenne n’est pas le centre de l’intrigue, elle est l’éducation (elle sait gérer sa gosse elle, contrairement à son ex-mari trop désorganisé et hédoniste), la résignation (les longs trajets en métro ne lui font pas peur), le monde adulte et la souffrance ritualisée (pleurer d’une rencontre décevante sur le net), la morale qui met une droite quand elle n’a plus d’argument et le mensonge tranquille. Sa fille est le résultat de ce que la société produit, et donc pas seulement une adolescente qui se cherche. Elle va vivre un apprentissage accéléré de la réalité par le monde du travail, qui s’apparente pour le réalisateur à un mélange entre un entre-soi docile, potache et inoffensif des bureaux du milieu, une naïveté avec l’accent du sud chez ceux qui se contentent des miettes et un cynisme à toute épreuve dans les étages supérieurs.

 Les cibles qui ramollissent le cerveau et nous font nous sentir banals sont ici évidentes. Ce n’est pas un hasard si les filles regardent des séries le soir en mangeant des glaces ou si la mère veut éviter de parler de tous les sujets qui pourraient fâcher. On n’éduque pas ses enfants en leur montrant les problèmes mais en leur disant que tout va bien. Jusqu’au jour où l’on décide soit de tourner la tête, soit de faire ce que l’on peut pour changer les choses. Là où le film ne tombe pas dans la facilité, c’est que malgré son innocence et son envie de bien faire, la jeune femme ne pourra pas tout changer, mais sera changée de l’intérieur.

 Le corporatisme dans une entreprise et la fierté nationale pour un pays fonctionnent sur le même sentiment d’appartenance coûte que coûte à l’institution. Une société, soit tu l’aimes, soit tu la quittes. Or, on ne peut pas quitter ses parents, surtout quand on a quatorze ans. C’est aussi sur ce ressort qui se distend au fil des minutes que joue le réalisateur, comme si en grandissant on devenait quelqu’un, et non pas une nationalité ou une marque.

 Les deux rôles principaux sont très justes, et l’on retrouve beaucoup de seconds rôles très convaincants, dont il arrive de repenser à la partition attachante. Il faut donc saluer Émilie Dequenne et Jeanne Jestin mais aussi Nelly Antignac et Camille Chamoux, inséparable duo et cliché de secrétaires, Annie Grégorio et Sabrina Ouazani, un casting très féminin donc.

Pas encore de commentaire

Laisser une réponse

Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus