[Critique] « Moi, Daniel Blake » de Ken Loach

30 nov

 

Moi, Gwyneth je m'engage à faire des publicités, mais Paltrow...

« Moi, Gwyneth, je m’engage à faire des publicités, mais Paltrow ».

 

 Que ceux qui n’ont jamais passé des heures au téléphone en écoutant une petite musique débile avant d’être mis en ligne avec un opérateur me jettent la première pierre !

 Moi, Daniel Blake est une façon évidente de nommer un prolétaire, de le mettre à l’honneur et de surtout mettre un nom sur un combat, de défendre l’homme plutôt qu’une masse non-identifiable. Nous sommes tous Daniel Blake, beaucoup plus que Bernard Arnault, Liliane Bettencourt ou Moi, Michel G, milliardaire, maître du monde.

 Dès le noir initial, Ken Loach nous montre comment on infantilise chacun d’entre nous plutôt que de nous valoriser. En posant des questions sur les handicaps de Daniel Blake, sur ses éventuelles incapacités, et non en cernant ses besoins, ses qualifications (il est expérimenté, il a un savoir-faire), l’agent du Pôle Emploi anglais nous renvoie à notre condition la plus précaire et à nos doutes. En effet, suis-je une assez bonne personne pour réclamer un bon boulot ? Et cette procédure à suivre sur Internet alors que je n’ai pas d’ordinateur chez moi et que je ne sais pas m’en servir, suis-je trop vieux pour cette société ?

 Sous prétexte de mondialisation et de progrès inévitable, l’État ne gère plus les nécessiteux. Les médecins eux-mêmes ont perdu de leur pouvoir, sans doute trop proches de leurs patients, et c’est un opérateur à distance qui décide si la maladie est réelle ou non et si des indemnités doivent être versées. Ce que montre Ken Loach ici n’est pas seulement cinématographique, c’est une mine d’informations sur les détails d’une réalité d’un des pays les plus riches du monde. D’ailleurs, notre situation semble très proche tant La loi du marché rappelle les thématiques et l’empathie des réalisateurs pour les gens normaux. Et en France aussi, ceux qui ont faim se ruent chez des restaurants du cœur où l’on perd le reste de sa fierté. Qui leur rendra leur honneur ?

 Sur ce point-là, le génial Loach s’arrange jusqu’au bout pour que le protagoniste n’ait pas à recevoir l’aumône de l’État et que, dans le pire des cas, ceux qui restent pensent aux autres, à leur condition et à la lutte qui continue en filigrane, bien au-delà de nos petites vies qui ne durent que quelques dizaines d’années.

 Étant placardisé « Film social » par la presse, l’objet perd aujourd’hui de sa valeur aux yeux de beaucoup trop de gens. Et les médias le savent. Avec, entre autres, un slogan comme : « Ken Loach donne la parole à ceux que l’on n’entend jamais », signé de l’Obs (qui ne donne que trop peu la parole au peuple), le film se retrouve stigmatisé dans une catégorie bien sage, qui ne peut déranger un ordre établi, à l’instar des comédies classées « Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres ». Et ce n’est certainement pas la Palme d’or cannoise qui attirera un public plus large que celui auquel le film est destiné. Quel dommage.

Une réponse à “[Critique] « Moi, Daniel Blake » de Ken Loach”

  1. coucouvousunblogfr 4 décembre 2016 à 17 h 55 min #

    Voilà une critique qui donne envie d’aller affronter le froid pour découvrir ce film . Merci
    Tân

    Dernière publication sur chroniques variées : la nouvelle arche de Noé

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