[Critique] « Victoria » de Justine Triet

15 sept

Que tu transpires bien Virginie !

Que tu transpires bien Virginie !

 

 Dans la série des films qui n’ont rien à dire mais qui sont très bavards, Victoria se pose en sérieux prétendant à la Palme d’or. Dans La bataille de Solférino, on pensait que la panique omniprésente représentait le chaos et la cohue d’une époque, d’un moment important et populaire : l’élection présidentielle, mais on se rend compte que c’est tout simplement la marque de fabrique de Justine Triet. Ses deux premiers films font penser à un « C’est juste pas possible quoi ! » ou à un « J’suis bordélique, okay mais j’assume quoi ! » et par endroits à un « S’il vous plé, faites attention à l’orthographe ! », en rien des longs-métrages mais des réflexions de Nadine au bar du Commerce. Par exemple, le film parvient à dénigrer les gens qui commencent leur phrase par « Au jour d’aujourd’hui… » pour déclamer « Moi, personnellement… » dans la scène suivante.

 Ici, pas de cause à défendre ni de sujet à aborder. Triet veut seulement que ça bouge, que son héroïne Virginie Efira prenne toute la place en jupe et talons, en défaisant son chignon tout en tenant une pomme dans sa bouche. Elle souhaite nous montrer sans féminisme qu’une femme active existe par son métier, loin des débats idiots et stériles, par le fait d’être mère à mi-temps et d’avoir une vie sexuelle moderne. Les personnages secondaires sont effacés par le premier rôle égoïste et trop pressé : la réalisatrice ne réalise pas qu’elle nous enlève les plaisirs de voir évoluer Melvil Poupaud, Vincent Lacoste ou Laurent Poitrenaux – sacrifié, rendu stupide pour illustrer que la transparence n’a pas que du bon.

 Le lendemain, les jours suivants, il ne reste rien en tête de ce film plutôt agréable dans le rythme et les images. On assiste ici à une Bataille de Solférino professionnelle avec un plus gros budget. Rien de spécialement féministe dans un film fait par une femme et dont la protagoniste est une femme, et ce pourrait être une qualité si l’on y abordait d’autres faits de société que l’amour qui est tout près de nous et que l’on ne voit pas ou les ex relous qui débarquent à l’improviste. On peut cependant se laisser bercer par la douce mélodie inoffensive d’un film aux saveurs étasuniennes, car Triet lorgne fort Nancy Meyers et ce côté amour-boulot entremêlés. On pense aussi à Neuf mois ferme d’Albert Dupontel dans les scènes de tribunal sous drogue, comme si pour tenir la route elle devait emprunter un peu trop à des codes du genre.

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