[Critique] « L’économie du couple » de Joachim Lafosse

24 août

c'est mignon tout plein...

C’est mignon tout plein.

 

 Le titre, comme beaucoup de bandes-annonces, en dit peut-être un peu trop long sur ce que l’on va voir. Par là même, par ce choix, le réalisateur nous montre du doigt quelle partie de l’amour normal il pointe : le nerf de la guerre ou la guerre des nerfs, l’enjeu économique. Un manque de finesse flagrant chez un cinéaste qui n’en manque pas d’ordinaire. D’autant qu’il n’en reste pas là : à travers la bataille de chiffres, le parallèle politique est rapidement compris par la plupart des spectateurs (le plus enclin des deux à valoriser l’apport du travail se prénomme Boris).

 Lorsque la valeur ajoutée créée par deux êtres humains fout le camp, c’est l’heure de faire les comptes. Le sujet ne manque pas d’ampleur. Mais Joachim Lafosse, précisément comme dans À perdre la raison ou Les chevaliers blancs, décide d’être neutre – le comble pour un cinéaste – non pas par manque d’idées mais pour céder à un effet de mode : éviter le jugement. Il répartit les torts entre les deux protagonistes, Berenice Béjo et Cédric Kahn, si équitablement que l’on cherche son opinion. Le film, écrit à huit mains, quatre féminines – dont celles de Mazarine Pingeot – et quatre masculines, impose une alternance de scènes et de détails qui incriminent ou avantagent plus la femme que l’homme, et inversement peu après. Il tombe dans la tentative ringarde, omniprésente dans les spectacles comiques, de faire réagir les garçons puis les filles tour à tour, pour finalement les renvoyer dos à dos.

 Ce qui est intéressant avec ce procédé, c’est qu’une fois le principe de neutralité posé au centre, on regarde la société agir sur le couple. Les jumelles et leurs états d’âme, leur préférence du moment, les amis qui se retrouvent en porte-à-faux quoiqu’ils fassent et Marthe Keller en maman qui prend parti. Une étude sociologique moderne du couple en quelque sorte, mais sans entrer dans les détails ou les conflits, ce qui aurait pu occasionner quelques dialogues construits dans lesquels on aurait aimé se reconnaître.

 Lafosse est fort pour filmer les émotions entre deux moments plus théoriques. Ainsi, comme dans À perdre la raison avec Émilie Dequenne qui se lâche sur Femmes je vous aime de Julien Clerc, le paroxysme est atteint quand les enfants se dandinent sur Bella de Maître Gims et quand les parents craquent l’espace d’un moment de réconciliation. À l’instar de Diamond de Rihanna dans Bande de filles, le cinéma d’élite nous fait mieux comprendre ceux qui écoutent la soupe des radios. On se surprend à aller au-delà de la mélodie simpliste et à faire un pas vers l’autre. Preuve que ce film, avec ses défauts, reste intéressant et sociétal, et même si ça finit mal, on ne peut faire l’économie d’un couple, de l’amour.

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