[Critique] « Tout de suite maintenant » de Pascal Bonitzer

24 juin

Vous préférez vraiment Clooney et Chastain?

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 Pascal Bonitzer a choisi sa fille Agathe pour incarner une jeune génération plus exposée que la sienne au capitalisme galopant. Il la propulse dans un univers impitoyable (générique de Dallas quand tu nous tiens) : la jungle perejatkienne du monde de la finance, de la fusion et de l’absorption, du « Qui mange qui ». Tout de suite maintenant est l’injonction que lancent les financiers et les puissants au reste du monde, fainéants attentistes naturels selon eux.

 Dans des bureaux uniformes où la hiérarchie s’inverse facilement, Nora (Agathe Bonitzer) fait la connaissance de son égal négociateur Xavier (Vincent Lacoste) et de ses patrons Barsac (Lambert Wilson) et Prêvot-Parèdés (Pascal Greggory), ainsi que du lien qui les unit à son père. Et ce sont ces anciennes relations qui vont nouer toutes les intrigues du film, nous faire recoller les morceaux petit à petit et nous entraîner dans une longue réflexion. À l’instar de Cherchez Hortense, le charpentier Bonitzer réussit son œuvre, pas toujours génial mais de par une structure qui donne l’illusion de deviner une suite, qui nous questionne.

 Si le film, réussi dans son ensemble, donne lieu à de jolies joutes verbales entre acteurs qui confirment (Agathe Bonitzer sans âge et avec grâce, Vincent Lacoste moins « beau gosse » et plus vibrant d’humanité) et d’autres immenses (Isabelle Huppert en névrosée bourgeoise et Jean-Pierre Bacri en Houellebecq de gauche, qui joue trop son rôle habituel mais qui demeure irrésistible), il n’en reste pas moins un geste de cinéma non-maîtrisé, qui paraît même naïf et politiquement désarmant. Encore une fois, c’est dans ses failles, tous ses moments filmés sans idéologie, qu’il est le plus intéressant.

 Le réalisateur se révèle quelquefois grossier, il ne peut se retenir de parler « pipi caca », comme dans Rien sur Robert ou Gemma Bovery, entre autres, ce qui rend le film plus humain par endroits et plus (trop ?) populaire. Il brosse aussi des personnages féminins fans des hommes et de leur sexe, de leur puissance économique – la ravissante Maya jouée par Julia Faure en est l’illustration. De plus, il utilise les mêmes ornements musicaux pour une histoire d’amour que pour une histoire d’argent. Enfin, l’amour à l’américaine plus fort que la raison est au-dessus de tout, même entre un exploité et une maligne qui arrive à ses fins. Divertissante, certes trop légère, un plaisir certain se dégage de cette comédie.

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