[Critique] « Médecin de campagne » de Thomas Lilti

5 avr

[Critique]

Le Cluzet de L’enfer de Chabrol plutôt que celui du film Intouchables.

 

 Thomas Lilti est docteur avant d’être réalisateur, et il a voulu ici, comme dans Hyppocrate, dénoncer les injustices qu’il voit au quotidien. Il est légitime parce qu’il a exercé, non pas comme un spécialiste de crise ou d’attentats mais parce qu’il a un point de vue. Du moins, plutôt que de considérer que « c’est comme ça, on ne peut rien y faire », il a pensé que « ces situations sont à montrer tant elles sont révoltantes ». C’est donc l’essence même du cinéaste qui est en chacun de nous qui l’a amené à réaliser et à scénariser plutôt que de faire un documentaire, même si ses deux films les plus récents ont aussi vocation à montrer une réalité.

 Après les hôpitaux et leur fonctionnement au rabais – les tâches propres sur les blouses – dans Hyppocrate, on est ici dans la campagne française non loin de Paris, mais si loin pourtant. L’endroit importe peu, c’est la campagne d’un pays très développé qui oublie une partie de ses habitants au point de leur réduire l’accès aux soins, de mettre en danger leurs bébés et de leur faire faire plus d’une heure de route pour accoucher. Voilà quelques messages parmi beaucoup d’autres distillés tout au long du film dans une ambiance pas du tout moraliste mais détendue. François Cluzet et Marianne Denicourt y sont pour beaucoup, leur relation n’est pas trop stéréotypée et ne tombe pas dans la séduction puérile.

 Film de la détente donc, malgré des sujets graves et connus depuis longtemps. Rien de nouveau ici mais faut-il que ce soit nouveau pour en parler ? Lilti insiste sur ce qui lui tient à cœur : les couchers de soleil sur les Landes, les arbres, les chemins de terre, la difficulté de la vie à la campagne – se rapproche-t-il en cela de Depardon ? Voilà à quoi nous fait désormais penser l’arrière-pays : un reportage sur l’endroit, le lien entre les gens plus vrais, directs, moins superficiels sans jamais se moquer des chants country et des rythmes anciens qui les accompagnent, en respectant ses habitants.

 Un petit film qui est un grand film ? Quand même pas, mais il a toute sa place dans le paysage cinématographique du moment et il pose des questions qu’il faut perpétuellement se poser : la fin de vie, la vie des autres, le moral de ceux qui nous entourent, la critique normale d’un capitalisme sauvage galopant, et ce, afin de garder une éthique à laquelle Médecin de campagne tient. Car dans une étude de la comédie humaine moderne, il est important de savoir ce que vit tous les jours un docteur proche de ses patients.

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