[Critique] « Saint Amour » de Benoît Delépine et Gustave Kervern

23 mar

 

Par ici la sortie...

Par ici la sortie.

 

 

 Que nous réserve ici le duo le plus barré de notre Hexagone ? Un autre projet fou avec de nouveaux acteurs ? Non, plutôt un pot-pourri de leurs précédents films où l’on s’aperçoit que leur aspect loufoque peut être aussi une recette pour en faire rentrer. Houellebecq, Depardieu comme un refus de se faire mettre dans la case des défenseurs de cause, comme une rébellion à l’idée d’être catalogués « humanistes simplistes ». Cela dit, plusieurs moments sont amusants, dans un ensemble lié par une route, une carte des vins sur laquelle ils collent des étiquettes de grands crus grâce à Dany Boon et Kad Merad. S’ils évacuent l’aspect politique, qu’ont-ils fait du cinéma ? Le noir et blanc des débuts, l’audace du cadre pas cadré de Louise Michel, des longueurs de Near death experience ?

  Il faut être sacrément mal foutu dans sa tête pour voir ici un éloge de la femme, elle sert tout juste d’excuse aux aventures des compères. En effet, faire vivre à Gérard Depardieu et à Benoît Poelvoorde autant d’histoires d’amour et de sexe avec des femmes aussi jeunes qu’attirantes frise le ridicule, ou le cinéma. Ainsi, les auteurs sacrifient Izia Higelin en personne handicapée donc repoussante – vive le féminisme – et Solène Rigot en serveuse bête et hystérique. Le saviez-vous ? Les domestiques d’une vingtaine d’années montent entre deux bonhommes à l’arrière d’une voiture sans les connaître. Ovidie apparaît dans un rôle à peine plus soft que d’ordinaire, une imagination copier-coller, Ana Girardot campe les rôles de jumelles dont l’une est moche, donc risible, et dont l’obésité fait fuir – je n’invente rien ! C’est vrai que ces deux mecs-là sont tellement beaux – et Céline Sallette, toute crinière dehors, embarque nos héros par besoin, ainsi que leur chauffeur joué par Vincent Lacoste.

 De calembours en blagues grivoises – ahhh les dix stades du mec bourré, quel grand moment de nullité, on sillonne les humeurs de nos acolytes célèbres abonnés aux alcooliques anonymes ainsi que les routes des vins sans s’intéresser aux paysages, aux boissons ou à la nourriture, comme si des Clavier et Lhermitte avaient pris toute la place. Ici, on se plante le nez au ciel pour se moucher dans les étoiles et l’on asperge de vulgarité un scénario presque absent. En remettant en perspective cet épisode dans leur filmographie, on voit bien l’humanité qu’ils ont voulu donner à leurs héros mais ils se sont laissés manger par la personnalité de leurs acteurs.

 Sous couvert de ne pas faire partie des bobos parisiens, ils partent dans les campagnes et, pour ne pas être affublés de l’étiquette de l’affreuse psychologie (depuis quand réfléchir est un défaut ?), ils agissent en permanence. Attention à ne pas tomber dans le film de beauf intégral, tout ça pour ne pas faire comme tout le monde, ce serait légèrement paradoxal, non ?

 

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