[Critique] « Les premiers, les derniers » de Bouli Lanners

17 mar

 

Je peins bien, hein?

Je peins bien, hein ?

 

 Bouli – à ne pas confondre avec le championnat allemand de football – Lanners signe ici son film le plus abouti. Toujours dans son univers à la Aki Kaurismäki, aussi gris et rock’n’roll en ce qui concerne le cinéma. Par des chansons empreintes de virilité exacerbée, il peint son œuvre non pas tel un tableau que l’on ne comprend pas, mystérieux et hautain – le ciel n’est pas inquiétant comme dans un Jeff Nichols, réalisateur-poseur à la mode, mais comme une série de peintures sur le même mur, qu’il enchaîne en retouches subtiles et précieuses. Plein de messages et de symboles, vous en trouverez qui vous touchent à coup sûr.

 Le réalisateur belge francophone adepte de mélancolie pas triste nous emmène avec lui et Albert Dupontel dans la Beauce balzacienne, douce France de la diagonale du vide, à la recherche d’un téléphone portable, et l’on dirait presque GSM tant on se croirait dans les Flandres, dans le nord de Bruno Dumont plutôt que celui de Dany Boon.

 Le scénario importe donc peu ici, il est délaissé progressivement au profit des humains, des acteurs qui peuplent l’écran, de leur rédemption. Le fil conducteur nous invite à nous perdre, à nous laisser aller aux rencontres, aux fuites, il est vecteur de connaissance de soi. Il faut éviter de longer cette colonne de béton qui abîme la lande sauvage.

 Le temps qu’il fait colle à la peau du film, égal et ombrageux, sec, il fige le temps et les hommes dans leurs peurs et va jusqu’à les momifier. Ici, que des marginaux : Esther et Willy, qu’il faut sauver, s’échappent de la normalité et voudraient voir l’enfant, le bout du tunnel. Ils sont de temps en temps dirigés par Jésus – Philippe Rebbot au naturel, qui fait ce qu’il peut et n’a que deux mains, trouées en plus. Tous sont persécutés par des malfrats faibles, des petits chefs – Lionel Abelanski manque d’assurance – aux interrogatoires balbutiants.

 L’amour s’en mêle, celui qui commence mal, qui se poursuit cahin-caha et qui se termine ou pas – la délocalisée Suzanne Clément lunatique est libre. La sagesse cultive son jardin – Michael Lonsdale aussi – et intervient sans donner de leçon, ou à peine perceptible. Puis, quand on a enterré ses morts, on est prêt à aller vers les vivants, on arrête de se considérer comme le centre de son propre monde. Quelle jolie manière de croire en Dieu monsieur Lanners. Moderne.

 Le film est furieusement biblique mais ce n’est pourtant pas ce que l’on retient en sortant de la salle. Bouli le gentil ne se donne pas le beau rôle, il a l’air plus vieux qu’Albert Dupontel, même si ça se joue à quelques mois, il compte mal. Même ses méchants sont humains, ils pourraient voter Front National sans penser à mal et pour empêcher de nuire, ils crèvent les pneus plutôt que les adversaires.

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