[Critique] « Mistress America » de Noah Baumbach

24 jan

 

Greta is great anyway

Greta is great anyway.

 

 Plongé dans le septième art dès son plus jeune âge, Noah Baumbach, après Les Berkman se séparent et le couple composé d’une femme de gauche intègre et d’un homme de droite crétin qui divorce pour ces raisons-là, enchaîne les longs-métrages avec une constance dans la douce mélancolie qui habille les scénarios, mais avec un côté « nouveau Woody Allen » assez déplaisant. Comme une relève new-yorkaise qui peut attirer le chaland du monde entier, comme une fausse légèreté décrétée avant même la première image, comme l’injonction : « Soyez cool ».

 Le fils de Noah a pour prénom Rohmer  – réellement – et il place, dès que l’occasion se présente, quitte à la créer, des références à la Nouvelle Vague, plus précisément à la perception qu’il en a, peu personnelle. De The mother and the whore dans la chambre des enfants à des citations appuyées peu appropriées – on parle de Godard quand on va mal, il assaisonne ses films de sauces à l’ancienne, du sépia plein les doigts. Dans Mistress America, sa nouvelle femme dans le civil – et égérie méritée de la scène indépendante US – Greta Gerwig écrit le scénario avec lui, comme dans le réussi Frances Ha, et pourtant rien ne va. Après seulement une dizaine d’années et un succès grandissant, toute la moelle de son cinéma s’étiole et l’on a la sensation d’un vu, revu et démodé.

 Dans l’envie de s’autociter, on ne fait pas mieux. Et cette manie de montrer aux autres que l’on a du recul, que l’on sait que l’on n’est pas parfait et que l’on assume ! Je, je, je, je ne suis qu’un égomaniaque ! Se moquer de soi, se raconter et décliner ses expériences, c’est encore et quand même parler de soi. Le talent pour la comédie du couple en vogue est réel : il y a beaucoup de rythme, un rythme dopé par des crises, des scènes criardes et bavardes, mais à force d’accélérer on est quelquefois un peu perdu. Ce qui est réussi semble l’être involontairement : à l’instar de films nord-américains, on se retrouve dans des situations ubuesques, entraînantes et au lieu de nous faire entrer dans une émotion, on coupe, on enchaîne pour ne surtout pas faire couler de larmes ou prolonger l’état de grâce. Mais où est le sentiment ? Où est l’empathie ?

 En effet, on finit par se désintéresser du sort des personnages. Greta Gerwig en new-yorkaise banale qui se démène pour être connue est plausible mais utilisée comme argument massue du film – elle est filmée plein cadre et a des punchlines, des tirades, le beau rôle, et les histoires qui gravitent autour d’elle sont trop diverses. Les personnages secondaires sont bâclés, ils débarquent comme si on les connaissait depuis toujours pour enrichir l’histoire mais sont immédiatement estampillés comédie, sans nuance. Comme dans son précédent While we’re young, le manque de force et d’esprit se fait sentir, les thèmes – on ne peut parler de messages, ce serait trop osé – sont redondants : les gens qui cherchent à se faire éditer, les histoires qui se volent, la fortune qui fuit. C’est dingue comme les américains sont friands de filons, jusqu’à épuisement… du spectateur.

 

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