[Critique] « La vie très privée de Monsieur Sim »

6 jan

 

Au naturel !

Au naturel !

 

 Jean-Pierre Bacri et Mathieu Amalric réunis – certes trop peu à l’écran mais quel plaisir, Vimala Pons en nouvelle égérie d’un certain cinéma, Jeanne Cherhal en guide vocal et Vincent Delerm à la musique, voici ce que l’on appelle une famille, un champ lexical de la tolérance et du talent, une ode aux sentiments sans ornement, à l’opposé d’une agressivité décomplexée. Arguments à eux seuls, ils sont ici, hormis l’omniprésente immense et tendre carcasse de Jean-Pierre, un peu trop au second plan, effacés malgré l’importance de leurs rôles.

 Comme dans Floride, dernier long-métrage de Philippe Le Guay, Michel Leclerc distille ici ce sentiment trouble et mélancolique, si l’on veut à tout prix apposer des mots. Il scénarise et met en forme la tristesse du quotidien gris, des ronds-points fleuris et/ou bétonnés – décidément, Houellebecq inspire le paysage, ou l’inverse, de ces zones de « plein de man’s land » commerciales et hideuses qui entourent désormais nos villes et qui ont avalé nos campagnes. Il s’agit là d’un thème très présent au cinéma récemment : Le grand soir y mettait des punks à chien pour y semer la zizanie et Les combattants ou Comme un avion dénonçaient la fin de la nature via un soudain retour au béton. Mais ici, le phénomène est visible sans être critiqué plus que ça, il est une des composantes de la vie moderne, de la solitude que vit notre Bacri en VRP divorcé, un peu paumé, criant sa dépression à qui veut l’entendre.

 Ce qui est plaisant ici – et dans Floride, c’est que le film est inclassable. Il oscille entre la comédie, quand on aime voir Bacri – à la vie comme à la scène – comme un ami ronchon que l’on retrouve, avec toute l’épaisseur de sa personnalité qui transparaît dans tous les rôles proposant à chaque fois des variantes, et le drame : vendre des brosses à dents en poil de sanglier avec un manche en bois comme la mode du retour à l’origine ou parler à son ex-femme sur le net en se faisant passer pour une copine, et d’autres genres qui n’ont pas d’étiquette. Tout cela permet de sourire, de rire, de pleurer ou de pleurnicher sans trop savoir sur quel pied danser. Entre deux eaux mais à contre-courant, les thèmes s’entremêlent, se perdent de vue et ce qui peut apparaître comme un défaut est en réalité un joyeux bordel. Esprit Télé gaucho.

 Le gâchis sentimental est ici essentiel, à nos actes manqués dirait l’autre. Passer à côté de possibilités, ne pas saisir les opportunités plus ou moins sans les avoir vues, comme si l’on ne voulait pas atteindre son but pour continuer de rêver. Ne pas assouvir son fantasme pour n’être revenu de rien. La belle Valeria Golino incarne – jeune ou moins jeune – la promesse de plaisir, celle qu’il aurait fallu saisir, oh et puis non, elle sera le feu qui brûlera toujours en nous, l’idéal. Il y a aussi ce désir de ne pas vouloir connaître l’excellence, d’aimer sa routine, de cultiver son quotidien agréable bien que monotone. Se contenter de manger dans les mêmes lieux inhospitaliers mais commodes – mais comment fait-il ? Captiver, passionner, en parlant d’une cloche de cuisson ? Quel pied que de manquer d’ambition.

 Il y a aussi quelques ficelles et une grosse corde. Quelques sorties de route prévisibles au milieu de plusieurs bonnes idées et de la campagne française. L’idée rebattue et malgré tout intéressante que l’homme est un grand enfant – et pas la femme – est un peu trop exagérée et condamnée. Mais la corde, le talon d’Achille du film, est effrayante : on aurait la même sexualité que l’un de ses parents ! Même si Leclerc montre bien que c’est un parcours, le hasard, une ouverture d’esprit qui nous mène à nous questionner et à trouver notre voie, ça n’en reste pas moins une faiblesse scénaristique gênante.

« Mais je ne comprends pas, il a aimé ou pas ? Il dit du bien puis du mal ». Ne vous inquiétez pas, le film aussi est ainsi, pourquoi faudrait-il toujours trancher ? Monsieur Sim, c’est comme les Sims, on joue à la vie.

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