[Critique] « L’idiot ! » de Youri Bykov

20 déc

 

gros problème sur les papiers peints en Russie...

Gros problème sur les papiers peints en Russie.

 

 L’idiot ! est l’illustration assez basique de la lutte des classes, de la politique appliquée à la vie de tous les jours ou pourquoi aider des gens qui ne veulent pas être aidés, qui ne souhaitent pas s’en sortir, qui ne s’éveillent pas aux enjeux autres que ceux que leur quotidien leur impose. Allez leur dire que le monde va mal pour qu’ils répondent comme s’ils ne faisaient pas partie d’un tout. C’est en partie le message de ce film consensuel, qui entremêle plusieurs sujets à la mode sans prendre position.

 Inoffensif par certains aspects, le film n’est pas interdit en Russie et il est même subventionné par le cinéma national, il parvient néanmoins à nous faire prendre conscience que la faiblesse est humaine et qu’au-delà du parti ou d’un système, le peuple est lui aussi faillible. Et à propos de faille, c’en est une énorme qui occupe la majeure partie du troisième long-métrage de Youri Bykov. Filmée comme une plaie, un problème à éviter, ou au contraire comme une évidence, on la voit sous toutes les coutures : dedans, elle est la raison qui fait s’entredéchirer le peuple, dehors, elle est niée. Pour peu, on y mettrait un simple sparadrap géant et l’on tournerait la tête.

 Si une petite fissure au mur est soulignée dans un film français comme une lourdeur, une image rebattue d’un défaut, d’une sensibilité que l’on souhaiterait cacher, que dire de l’abîme qui symbolise ici la fracture sociale, l’écart qui se creuse entre les mafieux qui dirigent la mairie et les habitants de l’immeuble négligé ? Ce film est aussi révélateur et à ce titre-là intéressant, mais il manque absolument de finesse et d’originalité.

 Le jeune homme que l’on suit, qui est nos yeux, a pour père un naïf – plus qu’un idiot mais bon, allusion à Dostoïevski pour faire parler du film oblige – porteur d’idéaux, censé incarner le vieux communisme qu’il a connu, et il hérite de ce trait de caractère comme d’un fardeau lourd à porter dans un espace où la roublardise est une règle d’or. C’est cette utopie qui va le sauver du pire mais aussi lui apporter pas mal de déboires, comme si elle lui permettait de survivre. Si l’on prend fait et cause pour lui, si l’on s’y identifie, pas de problème, nous sommes héroïques et nous nous en sortirons toujours car libre du joug familial qui impose une routine – ça ressemble à Poutine, Dimitri comprend qu’il doit s’affranchir de son couple pour aider les autres et pour s’aider lui-même. Par contre, si l’on juge les autres personnages – cette frise mafieuse cynique qui festoie, qui place à sa tête une femme pour concerner un électorat, qui règle ses comptes en Suisse et ses contentieux sans émotions, on constate la Russie que l’on redoute, la corruption qui en fait plus que jamais un colosse aux pieds d’argile.

 Le scénario, les thèmes abordés et la mise en scène trop plate – qu’est-ce que l’on sent quand un réalisateur a fait une école réputée – sont malgré tout assez scolaires, pas très personnels. Mais avec Kino et plusieurs de leurs chansons, nostalgiques, profondes et mélodieuses, qui apportent à l’ensemble de l’authenticité, le film tient la route et pose la question du rapport à l’autre, l’enfer en somme.

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