[Critique] « Chronic » de Michel Franco

26 nov

 

Environnement dépouillé pour un film essentiel

Environnement dépouillé pour un film essentiel.

 

 Le réalisateur du grand Después de Lucia montre ici encore tant de détails, nous laisse tellement interpréter – surtout si l’on n’a pas vu la bande-annonce ou entendu des critiques nous dévoiler l’intrigue – par ses longs plans-séquences dans lesquels on se loge, se sent enfermé, qu’il est difficile de donner un avis au final. Michel Franco est le seul à produire cet effet, nous mettre face à la cruauté de chacun, nous emmener dans un sens unique et provoquer un accident de voiture immense, nous faire subir la vengeance, la méchanceté comme une suite logique de la vie humaine. Pour lui, le désordre dans nos esprits se reflète dans le manque d’organisation de nos vies.

 Par sa forme, Chronic peut et va rebuter les plus stricts d’entre nous. L’ennui et la déprime risquent de les envelopper assez vite. Ceux qui ne jugent les films que de par leurs sujets diront que l’on voit trop la maladie à l’écran. Tournez la tête mais ne vous étonnez pas si un jour un membre de votre famille ne peut pas vous parler ouvertement de sa vieillesse ou de ce qu’il ressent parce qu’il sait que vous ne pourriez l’endurer. Michel Franco nous renvoie en pleine face les aspects négatifs de la vie, une réalité augmentée non pas pour faire spectaculaire – la dégradation physique des êtres, aussi morbide soit-elle, est réelle – mais pour que l’on parle de ces moments-là, pour créer un choc salutaire.

 Malgré un passage dans l’univers hollywoodien, la perte de la langue espagnole, le choix d’acteurs américains – Tim Roth est ici impeccable, le cinéma du mexicain ne se dissout pas. Il reste fort et il nous livre une œuvre personnelle – il a été confronté récemment à ce type de situation – opposée au divertissement envahissant, un film unique. C’est pourquoi il est intéressant de lire des avis négatifs de la part de professionnels qui ne jugent qu’à travers leurs grilles de lecture (il y en a une merveilleuse sur www.lepoint.fr qui analyse les films comme les besoins des clients, façon SONCAS, en les classant par thèmes abordés) et leur lutte pour aller vers le toujours moins de souffrance et plus d’amusement.

 Michel Franco se dédie surtout à aborder des sujets tabous au travers de ses personnages tous proches de la mort : un vieil homme aigri qui déteste les femmes parce qu’il est frustré et qu’il n’a pas fait l’amour depuis trop longtemps, qui trouve que le porno est un art, une jeune femme qui meurt rapidement – que l’on voit squelettique et nue se faire laver – que l’aide-soignant assimile à sa femme pour lui redonner une vie sociale, un semblant de dignité ou encore une vieille femme rude qui souhaite mourir et qui se fait aider en ce sens. L’humanité développée à outrance par l’aide-soignant est un exemple, jusqu’à cette scène ultime, il nous montre quel est le prix à payer pour pouvoir décider de sa propre vie, de sa propre mort. Combien de films faudra-t-il encore pour que spectateurs et critiques se posent la question de l’euthanasie ?

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