[Critique] « Notre petite sœur » d’Hirokazu Kore-eda

22 nov

 

 

J'ai pas pu résister...

Je n’ai pas pu résister !

 

 Comme trop souvent, Kore-eda applique ici sa recette traditionnelle – nous sommes au Japon. Après Air doll et ses quelques questionnements bien cachés sous une mise en scène édulcorée, I wish et son esprit naïf irrésistible, Tel père, tel fils oubliable par son côté forcément bouleversant, revoilà un des réalisateurs les plus connus du pays du soleil levant.

 Certes, il y a énormément de charme à tous les niveaux, dans les attentions gentilles qu’ont des protagonistes pour d’autres, dans ces cheveux qui virevoltent, ces sourires toujours sincères, dans ces décors enchanteurs – cette maison de bois si parfaite qui semble respecter à elle seule ce qui est ancien et vénérable – et jusque dans le choix des comédiennes, dont la vie en commun constitue l’essentiel du film. Mais voilà, où est passé le scénario ? Les quatre sœurs n’ont pas le même âge, le même vécu et pourtant elles s’entendent sur tout, elles travaillent pour apprécier leurs moments de repos et ont des centres d’intérêts proches. Une histoire qui vaut vraiment la peine d’être racontée ?

 Fait pour un large public à de nombreux égards, le film empile les idées que l’on se fait du Japon sans y être allé avec une complaisance et une résignation sans doute même pas calculées. Il se peut en effet que Kore-eda soit aussi premier que ses scénarii. Il est, de plus, inconsciemment nationaliste, comment expliquer autrement les plans répétés sur ces fleurs de cerisier (le hanami à son paroxysme !), ses personnages tous bienveillants, l’évitement des problèmes de son pays, la glorification de la cuisine nippone, la disparition de la cuisinière qui incarne le savoir-faire dans des conditions tragiques ? Nous sommes là dans un film « détente et divertissement » alternatif sans que ce soit déplaisant non plus, seulement risible de temps en temps, avec la petite main gracile d’une des actrices devant la bouche.

 Kamakura diary, dont le film est adapté, est à la base un manga qui cible des gens de quinze à trente ans. Peut-être ne faut-il pas les choquer, les bousculer. Kore-eda refuse de filmer les scènes d’amour, les couvertures sont remontées jusqu’au cou et lorsqu’une jeune femme se lève, comme si elle se savait filmée, elle dormait en soutien-gorge et enfile son pull en une seconde. Il est d’ailleurs à souligner que le réalisateur a choisi ici des actrices magnifiques, que l’on prend de temps en temps un plaisir coupable à voir minauder, et qu’il les filme comme les gamins de I wish, avec la même distance, le même rapport au corps. Au lieu de faire un énième film sur la famille et son importance, et en évitant tout volet social s’il vous plaît, il aurait pu filmer la beauté. N’est pas Ozu qui veut.

 

Pas encore de commentaire

Laisser une réponse

Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus