[Critique] « Mon roi » de Maïwenn

18 nov

 

Messieurs, cet homme plaît. N'en soyez pas jaloux...

Messieurs, cet homme plaît, n’en soyez pas jaloux.

 

 Il y a beaucoup à dire sur Mon roi. Maïwenn a façonné son film à son image, et c’est déjà une qualité quand on pense au nombre d’œuvres impersonnelles ou à tous ces longs-métrages gonflés de références appuyées, d’allusions boursouflées aux plus grands réalisateurs. Il lui ressemble, instinctif, désordonné, plein d’émotions – pourquoi pas contradictoires – et d’admiration. Il est donc impossible de parler de Mon roi sans parler de Maïwenn.

 Dérangeant, pas toujours dans le bon sens du terme, le film tient surtout par son énergie, son envie criante de faire du cinéma et de mettre en évidence des acteurs qu’elle adore. Elle n’a que faire des critiques et remarques en tout genre, on sent qu’elle fait ce qu’elle veut et c’est ce qui fait d’elle une artiste non-formatée et méritante.

 Elle, c’est aussi son penchant souffreteux à la limite du supportable, plein de rires et de larmes qui ne se retiennent pas de couler parce qu’aimer c’est haleter. Parce que c’est la seule manière de vivre car « quand c’est comme ça tout plat c’est qu’on est morts ». Quitte à provoquer des situations conflictuelles artificielles, à créer des sensations de trop-plein, à mettre en place le machisme comme une qualité, ou plus exactement à placer l’homme sur un piédestal, car elle a besoin de l’admirer. Sur ce point précis et sur l’ensemble de sa filmographie, Maïwenn est totalement régressive, fascinée par l’image de l’homme tout-puissant. Joey Starr d’abord, puis Vincent Cassel ici, incarnent la drague, le détachement soi-disant masculin, et sont regardés par elle-même et par Emmanuelle Bercot d’en-dessous, et, quoiqu’ils fassent, avec les yeux de l’amour.

 Son image du mariage comme accomplissement et fête éternelle – qu’elle nous assène – peut s’avérer dangereuse pour son public composé en partie de jeunes femmes attirées par la Maïwenn Chanel. D’ailleurs, la beauté de Vincent Cassel et son aisance presque naturelle dans ce rôle, entre improvisations réussies, blagues potaches et phrases trop longues, contribuent fortement au succès populaire, notamment chez les spectatrices. Il y a de grandes chances pour que Mon roi devienne une référence pour elles plutôt que pour eux. Mais pour une fois que ce n’est pas l’actrice principale, belle et jeune, qui fait venir ce même public, pourquoi pas ?

 Et si ce public pouvait être influencé à la même hauteur par les scènes de mélange populaire, par l’amour qui compte plus que tout, par une volonté de toujours essayer d’aller vers l’autre malgré les échecs et la souffrance passés ? Et si elles cédaient plutôt à la facilité et comparaient leur mec du moment en leur lançant : « Mais toi tu te lèves pas la nuit, torse nu pour aller faire du repassage parce que tu n’arrives pas à dormir, tout ça parce que tu veux en enfant de moi ! ». Nous aussi, Maïwenn, on peut rire et pleurer de ces scènes-là.

 Avec tous ces gros défauts, et cette sensation de ne pas monter ses scènes mais de les laisser se développer pour voir où elles emmènent, on est face à une œuvre irritante. Mais on est là, plongé, embarqué avec eux, on saisit le recul de la réalisatrice : l’appartement parisien – beaucoup de choses ici sont parisiennes – de son roi est kitsch à souhait, preuve qu’au fond elle ne le défend pas. Il prend beaucoup de médicaments comme si son état charmeur permanent était lui aussi maladif. Elle respecte et nourrit cette culture psychanalytique d’Europe Occidentale du jeu de mot, du lapsus, qui peut expliquer en partie des faits, des blessures, des traumas (« genou, je, nous, je noue »). Le personnage réussi de Louis Garrel incarne la raison, peut-être un peu la société, sans être manichéen, il est lui aussi heureux dans son couple moins fougueux et réconforte sa sœur passionnée.

 Beaucoup de pistes lancées s’entremêlent, comme les skis d’Emmanuelle Bercot dès la première scène. Trop de bonnes idées bafouillées, griffonnées, comme ce dialogue amoureux et tendre, qui devrait réhabiliter la femme et montrer l’imbécillité des hommes devant des détails physiques, qui finit pourtant en bouffonnerie d’homme sécurisant et dragueur. Alors, on peut garder le meilleur de Mon roi qui envahit l’écran tout entier au final, mais vivre fort et vite n’est pas toujours vivre bien.

Pas encore de commentaire

Laisser une réponse

Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus