[Critique] « Much loved » de Nabil Ayouch

16 nov

Voilà le résultat après le passage d'une bande d'abrutis...

Voilà le résultat après le passage d’une bande d’abrutis.

 

 Il est des pays où faire un film est plus essentiel, plus difficile qu’ailleurs pour dénoncer une situation, alerter le monde entier. Plus risqué aussi, en attestent les menaces mises à exécution depuis qui pesaient sur l’actrice principale Loubna Abidar et sur le réalisateur. Ici, on n’est pas dans une fiction. Nabil Ayouch touche au cœur une fierté nationale et écorne l’image d’un pays qui dépense beaucoup d’argent pour faire venir les touristes – ce que j’écris là n’est pas politique, je ne fais que citer le ministre de la communication. Voilà, avant de parler du film proprement dit, quelques bonnes raisons d’aller voir en salle, en VOD ou en ce que vous voulez Much loved.

 Il en existe de nombreuses autres. Le courage est également présent dans la mise en scène énergique, dans les dialogues piquants et drôles, dans la façon pas tendre de parler des différents voyageurs qui d’une certaine manière continuent de coloniser le royaume du Maroc. Dans cette nouvelle hiérarchie des hommes venus chercher du plaisir, les français sont relégués et renvoyés à leur ancienne gloire patinée, tandis que les saoudiens et les qataris sont devenus les vrais riches attirants. Ayouch s’attire les foudres de ses compatriotes, pas tant pour les scènes de sexe que pour la corruption exhibée – à l’instar d’un Léviathan interdit en Russie. Il montre aussi, au hasard d’un bar, jusqu’où l’on peut aller dans le commerce des corps sans limite d’âge, constat navrant.

 Très aimées – pourquoi l’anglais ? Vivement le jour où chacun essaiera de prononcer le titre dans la langue originelle du film sans être traité de bobo – pour certains côtés de leur féminité, haïes pour ces mêmes aspects, les péripatéticiennes Noha, Randa, Soukaina et Hlima sont pour Ayouch les reflets parfaits de l’hypocrisie qui règne dans le pays le plus libre du Maghreb. Ce qui plaît fortement à une masse, c’est condamner des mœurs différentes, ici une sexualité tarifée vis-à-vis de la morale. Le tout en prônant une société patriarcale, bien entendu.

 Le réalisateur cherche à les comprendre, à compatir même, sans trop en faire. Il nous montre en quelque sorte le prix à payer pour l’indépendance.

 De fête en fête, la nuit, et de défaite en défaite, le jour, nos héroïnes nous emmènent dans leur quotidien difficile. Les sauvages de la terre entière venus pour baiser lancent leurs billets arrogants en l’air et c’est la dignité de ces femmes qui se retrouve à terre en même temps que leurs genoux. Et pourtant, chaque matin, elles se reconstruisent, recollent les morceaux, s’entraident, parlent d’argent, de sexe, d’amour et rient beaucoup avant de se disputer et de se réconcilier près de la mer. Ce qui n’est pas près d’être le cas des hommes et des femmes renvoyés dos à dos dans leurs désirs, prisonniers de leurs carcans pour certains, de leur cuisine pour les autres. Puis, elles tournent leurs yeux vers un horizon parfait qui n’est pas la France, qui n’existe peut-être pas, là où l’on respecte la femme. Le cinéma, comme la vie, c’est vers où le regard se porte.

 

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