[Critique] « Dheepan » de Jacques Audiard

13 oct

 

Ah ben tout s'explique, c'est Brouce Willisse qui va sauver le monde!

Ah ben tout s’explique, c’est Brouce Willisse qui va sauver la France !

 

 De rouille et d’os, pleurnichard et inutile, notamment par ses dialogues, ou De battre mon cœur s’est arrêté, lent et évitant à tout prix la psychologie, étaient de mauvais films. Un prophète avait fait jaillir une lumière, une nouveauté dans l’envie de dépeindre l’univers carcéral et de parler de la France, de leur échec commun à l’intégration puis à la réinsertion. Mais rien ne laissait présager une telle catastrophe, un tel épanchement de violence injustifiée. Comme un ras-le-bol, une colère contenue qui éclate, comme un bulletin à la mode que l’on glisserait dans une urne, alors plus funéraire que jamais.

 Michel Audiard était conservateur, croyant, original et surtout machiste (Radioscopie en 1969 : « L’esprit d’indépendance chez les femmes est irritant, sa véritable place est au foyer [...] certaines décisions dans la vie, c’est aux hommes de les prendre, sinon ce ne sont pas des hommes »), son fils a apparemment subi son éducation. Dès les premiers instants de sa vie française, Dheepan, le réfugié sri-lankais, voit les gens d’en face comme des voleurs évidents. Dans la même émission de radio, Audiard père avouait détester le cinéma engagé, qu’il qualifiait d’impossible, de confidentiel et, pire, de faussement courageux, traitant de sujets qui ne sont que lieux communs. Jacques Audiard considère sans doute que brosser le portrait d’une banlieue tout en nuances est actuellement un combat vain tant les sociologues cinéastes l’ont fait avant lui.

 Les chiens de paille de Sam Peckinpah, c’est la référence, la base de ce film dixit Audiard lui-même. Ici, ce ne sont pas les habitants des Cornouailles qui sont pris pour des dégénérés mais ceux des banlieues françaises. Le stratagème est le même, la femme sert d’appât et le héros qui jusque-là encaissait tout se transforme en Rambo. Combien de suiveurs, écœurés du politiquement correct, se font ainsi justice à travers le film ? Combien de gens ont ainsi l’occasion de prendre leur revanche, de ressentir que ces vies reprises – qui n’ont même pas de visage – ne sont pas aussi importantes que la leur ? Les différents étages de l’immeuble apparaissent comme autant de niveaux d’un jeu vidéo – un scénario digne d’un Super Mario Bros. Dheepan tue.

 Tout est traité par-dessus la jambe. La jeune fille qui a des soucis d’intégration à l’école se fait repousser quand elle veut jouer avec une enfant de son âge, ça suffit pour qu’elle se batte et que sa mère soit convoquée. L’attirance entre les deux faux parents ne se construit pas, elle est purement physique. Des incohérences incroyables : alors que le dealer du quartier s’écroule touché par une ou plusieurs balles, il demande à la bonne à tout faire : « Aide-moi s’il te plaît », un voyou qui se meurt aussi poliment reste du jamais vu ! Et cet éléphant qui revient sans cesse nous regarder, car voyez-vous les sri-lankais pensent souvent à cet animal.

 À force de vouloir seulement montrer une situation, faire évoluer de nouveaux acteurs inconnus, essayer de faire du cinéma, à l’américaine si possible – ralentis de batte de baseball qui vole, d’incendies dont la fumée envahit l’écran, sans s’y intéresser de près, on fait ce film-là. Si cette banlieue existe, toute aussi difficile qu’elle est montrée ici, pourquoi enfermer les nouveaux immigrés dans ce cadre-là sans jamais nous les montrer ailleurs ? Que signifie la Palme d’or obtenue à Cannes cet été ? Au pire, les frères Coen qui la lui ont remise ont dû trop regarder de reportages CNN, au mieux, le festival franco-français a voulu attirer l’attention sur le non-vivre ensemble qui régnerait ici. N’y a-t-il plus un seul endroit en France où l’on puisse faire un barbecue entre amis pour que l’on doive le filmer en Angleterre promise ? Et est-ce que les amis pourront se retenir de prononcer les mots complot et islamisation lors du repas ?

 Il faut insister sur ce dernier point. Comment laisser passer que le héros sri-lankais dise qu’ici tout le monde porte le voile, alors que tout le long du film, et de nos vies en France, peu de femmes le portent réellement ? Le film va assurément bien s’exporter dans tous les pays qui se sentent envahis par l’islam ainsi que dans les pays où l’on pense que la France est peuplée de femmes voilées. Carton garanti en Occident ! Un tel manque de volonté de faire un film politique est-il vraiment possible à soixante-trois ans pour un cinéaste de longue date récompensé à Cannes ?

Enfin, l’incohérence de certaines situations (essayez donc de tracer une ligne blanche au sol pour dire à une bande de voyous armés : « Fini ! Vous ne dépassez plus cette ligne ! ») rajoute à la nullité scénaristique et visuelle de ce film.

 Connaissez-vous la réponse à cette blague, une plaisanterie à ne pas prendre au pied de la lettre bien évidemment, que l’on entend très distinctement durant le film : « Tu sais pourquoi il n’y a pas d’arabe dans Star Trek ? » ?

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