[Critique] « The lesson » de Kristina Grozeva et Petar Valchanov

9 oct

 

S'excuser ne signifie pas se mettre plus bas que terre...

S’excuser ne signifie pas se mettre plus bas que terre.

 

 Après Avé, poétique, et Eastern plays, plus rude, voici un film bulgare lui aussi métaphore du contexte actuel du pays où l’on fait non de la tête pour dire oui. The lesson se déroule un peu dans la même atmosphère que L’ennemi de la classe, film slovène de Rok Bicek, parce que l’on est souvent dans une école – le face-à-face tendu entre élèves et professeure, tel un duel déséquilibré, un conflit générationnel et idéologique, est ici bien rendu, parce que les langues sont slaves et que les films sont sociaux. Néanmoins, ils ne poursuivent pas les mêmes buts, les mêmes fantômes du passé. Pour en finir avec les références, il est impossible de ne pas citer les frères Dardenne, et plus spécialement Rosetta pour les longs plans-séquences obstinés de la professeure et pour l’attente soumise du spectateur comme un suspense dénué d’action, mais aussi parce que l’héroïne est une femme. Cependant, le parallèle ne fonctionne pas totalement, tant il y a ici des idées, tant le renouvellement dans les embûches rencontrées apparaît vaste.

 La meilleure leçon que l’on puisse tirer est souvent celle que l’on reçoit de soi-même. C’est ce que va apprendre la professeure de Blagoevgrad, ville moyenne située près de la Grèce qui, comme pour signifier qu’il aurait pu se dérouler aussi bien dans un pays que dans l’autre, subventionne le film. Le rythme est lent mais le scénario est très vif et présente des tas de détails, de situations, qui peuvent être lus à plusieurs niveaux.

 Le principe est celui-ci : lorsque l’on a un enfant « mongolien » dans sa famille proche, on n’emploie plus ce terme à la légère pour qualifier une personne que l’on trouve peu intelligente. Bien entendu, pas de mongolien ici.

 The lesson est anticonformiste au plus haut point, il se moque des croyances universelles sans avoir l’air d’y toucher, où ces mongoliens – n’en ayant pas dans ma famille, je peux donc me le permettre – jettent une pièce de monnaie dans les fontaines en croyant que ça leur portera chance. Si l’on se met à la place de Margita Gosheva – une gauchiste bulgare avec eva en terminaison quoi, ce qui semble être un minimum si l’on va vers ce genre de film, on sent un vent de rébellion, de fierté bien placée qui nous porte alors. On peut même se dire que la société et ses dogmes ne sont pas forcément les meilleurs amis de la famille qu’ils sont censés défendre. Adepte de justice et de droiture, on va apprendre avec elle que la ligne droite est le chemin le plus court mais pas celui qu’emprunte la vie.

 Le capitalisme, par le biais des banques, est justement moqué et le machisme gras et lourd est quant à lui exhibé pour mieux être dénoncé. Enfin, l’horreur des prêteurs sans vergogne, combinant tous ces défauts au-delà d’être frustrés et moustachus, est mise au grand jour. Pas un seul plan sur le Pirin alentour, ni sur d’autres histoires périphériques, mais une seule obsession contre le compte à rebours d’une société qui nous impose une lutte de classes permanente.

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