[Critique] « Youth » de Paolo Sorrentino

4 oct

 

Scène minable ou les vaches sont un orchestre, les cloches leurs instruments...

Scène minable où les vaches deviennent orchestre et les cloches instruments.

 

 

 1 – Jeunesse

 Jeunesse, parce que c’est ainsi que l’on nomme amicalement la vieillesse pour la faire sourire en passant. Jeunesse, parce que c’est selon le réalisateur l’ingrédient irrésistible à dispenser dans un film, celui qui nous fait aimer le cinéma. La jeunesse hypnotise le spectateur lorsqu’elle est alliée à la beauté – quel film un tant soit peu « grand public » oserait montrer des jeunes moches ? François Truffaut disait d’ailleurs, dans un élan de machisme ordinaire, preuve supplémentaire que les réalisateurs étaient en grande majorité des hommes : « Le cinéma, c’est l’art de faire faire de jolies choses à de jolies femmes ». Sorrentino est de cette trempe-là, d’une certaine vieille école où les femmes sont belles et les hommes ont du charisme.

 Ne lui en déplaise, on sent bien ici sa propre peur de se retrouver dans le rôle d’Harvey Keitel, ce riche cinéaste délaissé, enseveli par une nouvelle vague de jeunes. On sent aussi un certain message envoyé aux réalisateurs condamnés à filmer jusqu’à leur mort, qui essaient de trouver un second souffle, une jeunesse d’esprit. Quelques idées intéressantes donc mais très égocentriques : un film qui raconte ce qu’est le cinéma actuel, un réalisateur qui en filme un autre, qui montre un acteur se préparer pour un rôle difficile, un musicien qui s’est retiré et sa fille qui le suit partout sans que l’on ne sache vraiment ce qu’elle fait ici, à part bien sûr exhiber sa beauté véritable. Alors pourquoi Miss Univers ?

 

 2 – Fausses pistes

 Rachel Weisz, magnifique ici, passe pour une femme entre deux âges et Miss Univers, véline parfaite, fait office de coupeuse de souffles. Si elle ne manque pas d’arguments, celui du cinéaste tombe à plat. En effet, nous indiquer qu’il s’agit d’une femme loin d’être bête et ne lui donner qu’un rôle physique est absurde. Mais lorsqu’il essaie de se rattraper de sa misogynie, c’est adroit et malin. Que de fausses pistes dans ce décor alpin, il y en a de toutes les couleurs et pour tous les goûts. Mais où sont les remontées mécaniques ? Beaucoup de propositions de cinéma pour ce résultat ?

 

 3 – Fausses notes

 De toute évidence, Sorrentino sait construire les scènes épatantes, comme ce gros Maradona qui jongle encore, telle une bête de cirque, avec une balle de tennis pour bien nous faire comprendre que le talent ne se perd pas, un clin d’œil assez lourd. Des critiques avaient déjà prévenu pour La grande bellezza, comme pour les précédents films, de son envie de souligner ses effets, de se mettre en avant. Mais la charpente était alors suffisamment solide pour nous faire supporter l’extravagance. Ici, après quelques fausses notes (beaucoup de fins de scène amusantes n’emmènent pas à s’intéresser à la suite), on se retrouve à nouveau déçu, et ainsi de suite. Michael Caine essaie d’être Toni Servillo, acteur fétiche, mais il n’est qu’une pâle copie. Quelques sourires plus tard, il ne reste rien de ces personnages et de ces situations.

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