[Critique] « Les mille et une nuits » de Miguel Gomes

26 juil

 

Ne mettez pas le cinéma plus bas que terre...

Ne mettez pas le cinéma plus bas que terre.

 

 Miguel Gomes, prononcez « Miguél Gomch » si vous voulez faire branché ou polyglotte, s’est lancé dans un projet long, très libre et quelque peu foutraque. Il a dû découper son délire en trois actes sans pour autant qu’une continuité n’apparaisse clairement, au contraire, les films s’enchaînent et ajoutent à son envie de conter encore plus de folie.

 Attaché à sa terre natale, ce portugais qui nous avait emportés dans les fêtes de village autour de Coimbra dans Ce cher mois d’août – on retrouve ici son goût pour la musique des années quatre-vingt et la bonne vieille réverbération – nous raconte les mois de crise qui ont appauvri une grande partie de ses concitoyens rendus caduques. Avec une structure narrative troublante : les faits se déroulent sur une année environ, pas de Shéhérazade à l’horizon, le réalisateur essaie de nous dire que si l’on ne se parle plus, si l’on ne se tourmente plus de sujets fâcheux, le lien social peut se briser et la dernière nuit pourrait bien arriver très bientôt.

 Autant ces trois films qui n’en font qu’un sont attachants, autant il est possible d’en rester à l’extérieur. Aucun élément de confort n’intervient pour nous plonger dans l’intrigue, qui rebondit tellement que l’on ne sait plus où donner de la tête. Si vous aviez remarqué que les services publics tombent en lambeaux, que certains crétins alimentent l’Europe au compte-gouttes, en bref si vous êtes politisé, vous comprendrez la plupart des situations métaphoriques. Sinon, vous risquez de passer un moment épuisant, à l’image de la personne assise devant moi dans la salle qui s’est levée en pestant après que Miguel Gomes a usé d’un qualificatif trop flatteur à l’encontre d’un couple de chômeurs.

 C’est que le réalisateur est ici totalement désinhibé. Il ne se refuse absolument rien, et c’est précisément là que se cache la vraie jouissance du film. Il mélange des faits divers ayant eu lieu au Portugal à différentes époques avec des légendes qu’il prend tellement à cœur qu’il les fait exister. Quand il a une idée saugrenue, il ne s’en cache pas et il n’en fait pas un clin d’œil, il l’approfondit et ce qui pourrait avoir été noté lors d’une soirée arrosée sur un coin de papier se retrouve corps et âme incarné, joué jusqu’au bout. Cela encourage les stéréotypes, forcément, et les écueils de la vulgarité ou du bouc émissaire – quoiqu’il soit ici plutôt question du coq de Barcelos – ne sont pas toujours évités.

 Les pompiers pyromanes qui réclament de l’argent aux États, tout ça pour voir passer le camion rouge. Une punk dans un épisode qui joue une princesse dans un autre envoie balader un beau surfer blond parfait qui ne réfléchit pas. Des animaux faisant le lien entre les gens d’un quartier aux très hauts immeubles. Un africain qui connaît le remède pour que la Troïka nous laisse enfin tranquilles. Et ces chinois qui fabriquent tout moins cher…

 Malgré un volume trois décevant (on a l’impression qu’il restait beaucoup de choses à montrer et que tout y a été fourré, avec un montage contestable), l’ensemble est intéressant, surtout par son humanité, mais aussi par l’optimisme qui prend le dessus sur la tristesse, la pauvreté et la mélancolie propres à ce pays. Trop pudique pour être dans le documentaire, on dérive toujours vers un sourire pour éviter le pire. Mais le cinéma peut-il supporter le réel ?

2 Réponses à “[Critique] « Les mille et une nuits » de Miguel Gomes”

  1. mbmodebeaute 31 août 2015 à 10 h 07 min #

    Très joli blog, bravo !

  2. geekocine 28 juillet 2015 à 16 h 21 min #

    Très bon blog ! Analyses intéressantes et complètes. Je vais suivre votre travail avec plaisir !

    Dernière publication sur Geekocine : Tomorrowland

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