[Critique] « Comme un avion » de Bruno Podalydès

7 juil

 

 

Dussolier en plus méchant...

En plus méchant.

 

 C’est l’histoire d’un type qui décide de descendre un cours d’eau en kayak, et c’est vraiment fort, il faut voir ce film. Pas très convaincant ?

 Pour fuir son quotidien pourtant pas mal du tout, un aventurier qui aime les préparatifs et le bon matos prend la fuite après avoir longuement réfléchi. Un passionné d’aviation qui s’achète un kayak et qui, pour vivre autrement, pour briser la routine, s’échappe. Pas assez social, ça intéresse qui ?

 Adeptes du droit à la paresse, plus précisément à la rêverie, ces messieurs Podalydès nous enchantent régulièrement avec leur finesse sans ornement, ni bouffonnerie. Ils sont garants d’un esprit français théâtreux, érudit et profondément gentil, d’une rive gauche versaillaise – le cours d’eau pris par la droite mène au parking d’un supermarché.

 Ici, ils nous proposent – surtout Bruno qui réalise, Denis n’étant qu’acteur – de voyager léger, le kayak bien rempli. Pas vraiment voyager finalement, mais faire simplement ces quelques pas de côté qui nous font voir la vie sous un angle différent. Ils nous proposent de nous laisser porter par le courant plutôt que ramer. Sandrine Kiberlain, en épouse aimante, est lumineuse. Plutôt que devenir aigrie avec les années de vie conjugale, elle demeure une complice. Vimala Pons est désormais la fille de tous les jours de l’année tant elle nous devient familière au fil des films, si sympathique. La course au trésor envisagée par Agnès Jaoui est quant à elle jubilatoire. Et puis, la manière d’aborder l’homosexualité est admirable : les deux amis bricoleurs, Michel Vuillermoz et Jean-Noël Brouté, musique à fond dans les oreilles, buveurs d’absinthe confirmés, sont d’une rare délicatesse. Enfin, lorsque l’on pose une question politique à Bruno Podalydès, il ne répond pas morale ou clivage mais marmonne vaguement un « Laissez faire la nature ».

 Prendre la vie du bon côté, rire de tout sans forcément passer par le second degré, laisser les rencontres se faire sans penser à concrétiser les opportunités le plus vite possible, ne pas penser à mal sans raison, voilà le programme, tout l’esprit Podalydès. S’il s’agissait de dédramatiser la mort dans Adieu Berthe, on pourrait dire qu’ici le couple et son fonctionnement sont désacralisés, comme une révolution sans violence. Des sourires légers et des rires libres sans moquerie s’échappent de nos salles de cinéma ce mois-ci.

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