[Critique] « Mustang » de Deniz Gamze Ergüven

5 juil

 

Tout ça pour ça??

Tout ça pour ça ?

 

 Franco-turc, Mustang l’est dans le bon sens du terme. Il associe les qualités féministes et féminines – oui, il n’y a pas que des camionneuses ou des garçons manqués qui veulent avoir les mêmes droits – d’une certaine Turquie et d’une partie de la France. Alice Winocour aide Deniz Gamze Ergüven à réaliser une œuvre qui la concerne, elle et sa jeunesse. On sent que le film agit comme une thérapie pour elle, qu’elle a besoin de raconter des histoires vécues, assemblées dans une histoire plus grande, qui nous rattrape car plus actuelle. Dans le quotidien d’un village isolé sur les bords de la mer Noire, il existe de nombreuses brimades, exercées par des adultes responsables, particulièrement les plus forts physiquement, envers des êtres innocents et plus faibles : des adolescentes.

 Ce qui est plaisant ici c’est que le film n’est pas démonstratif, notamment parce qu’un détail peut s’avérer important par la suite, mais pas dans la scène suivante pour satisfaire le spectateur et son intelligence. Comme si les caractères de ces cinq héroïnes modernes se déclinaient sans redondance, se modelaient au fur et à mesure que l’on apprenait à les connaître, à les aimer pour mieux les comprendre. C’est que même si la réalisatrice s’en défend, les images parlent d’elles-mêmes : c’est comme s’il n’y avait pas les murs entre les maisons, comme si planait une morale au-dessus de tout, qui dirige les pas des êtres humains. Une morale exsangue basée sur des ragots amplifiés, ce serait amusant s’il s’agissait d’une pièce de théâtre, mais voilà, il y a de vraies souffrances au bout.

 Une morale qui condamne bien plus de monter sur les épaules des garçons que voler un fruit défendu, dans laquelle le droit de cuissage est répandu comme dans un système féodal, comme un pays qui a refusé d’avancer et de penser son futur à travers le progressisme. C’est tout cela que nous dit la réalisatrice, pas moins. Et elle a les dialogues et les images adéquats pour nous marquer, en témoignent la couleur des uniformes et les coups de feu tirés à la légère lors de mariages arrangés, comme pour prouver une virilité.

 Rien pourtant ne peut stopper l’envie de s’accomplir de certaines de nos héroïnes, les plus résistantes. Et le dépanneur du coin, figure masculine positive indispensable dans tout film féministe, est prêt à les aider, particulièrement l’une d’entre elles. Lale, c’est par elle que le film est vu d’ailleurs, on entend ses pensées de personnage au plus grand esprit de révolte, esprit que la réalisatrice a choisi d’insuffler à son film.

 Reste Istanbul, comme un rêve, comme un but ultime : la liberté. Et certainement pas Ankara, cher Michel Ciment – quelle culture géopolitique ! Une ville où les professeurs sont promus quand ils sont compétents, synonyme de connaissance et d’Occident, une ville où les matches de football peuvent se dérouler devant un public uniquement féminin lorsque les hommes ont été punis de leur violence.

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