[Critique] « La tête haute » d’Emmanuelle Bercot

28 juin

 

Quel rebelle avec ses pieds là ou on mets nos fesses, non mais !

Quel rebelle avec ses pieds là où l’on met nos fesses, non mais !

 

 Aussi surprenant que cela puisse paraître, La tête haute et sa réalisatrice sont de gauche. Pourtant, on pourrait d’emblée penser que ce film se situe du côté droit, lui qui est une défense enragée – à l’image du jeune protagoniste remonté à bloc – des institutions à la française. La société s’étant droitisée et les cinéastes faisant partie de la société, on assiste à un film de gauche moderne, modérée, dont la motivation est de montrer aux gens en quoi la France n’est pas ce pays détestable qu’il faut fuir le plus vite possible, qu’il y existe un système qui s’occupe des jeunes défavorisés. Un film tout en réaction mais en rien réactionnaire, une sorte de « C’est pas si mal pour le moment ».

 Même si Jean-Jacques Rousseau, pour qui les institutions constituaient la plaie de notre société, se retournerait dans sa tombe au Panthéon, il faut avouer que l’empathie envers les personnages, les éducateurs, les juges pour enfants, les professeurs et même ces jeunes adultes déboussolés fonctionne à plein. Comme dans Polisse, de la complice Maïwenn, ou plus récemment dans La cour de Babel, on ne peut que louer la patience et la passion qui animent les acteurs du quotidien qui rendent possible le vivre ensemble, oh la vilaine expression démodée.

 Catherine Deneuve en dernier rempart de la morale est dans un registre magistral, son autorité naturelle teintée d’affection délivrée avec parcimonie est judicieuse. Benoît Magimel en éducateur qui a fait des conneries est très juste et n’en fait pas trop, contrairement à Sara Forestier qui a néanmoins le mérite de proposer à son personnage des écarts (de dents certes mais pas que) et des libertés, même s’il est compréhensible qu’elle puisse irriter.

 Là où ce film met les pieds dans le plat, c’est qu’il n’hésite pas à montrer des pauvres dénués de culture, des enfants à qui le manque d’encadrement a fait mal, des parents irresponsables et, en quelque sorte, la reproduction de cet habitus si constant dans notre espace social moderne mais figé. Quand l’ascenseur social est bloqué, il arrive que l’on donne un coup de pied dedans en espérant qu’il reprenne sa course.

 Comment peut-on reprocher à un film de montrer qu’un enfant grandissant sans père se retrouve en manque d’autorité ? Comment autant de journalistes peuvent en vouloir à la scénariste d’avoir choisi une mère qui a des dents jaunies par le tabac alors que certains d’entre nous se privent de rendez-vous chez le dentiste ? Pour eux, il ne faudrait pas « tomber dans le cliché ». Pourtant, pour critiquer une société, il faut bien quelques archétypes, et puis, tout dépend ce que l’on en fait de ces fameux clichés.

 La réussite de ce film passe par le nombre de sujets abordés. Chaque scène engendre une ou plusieurs réflexions. Il teste notre résistance à la violence : combien de coups, de scènes durant lesquelles Rod Paradot, le jeune et excellent acteur, envoie tout balader, notamment ses petites chances d’avancer  ? C’est aussi pour cela qu’il laisse pas mal de gens perplexes. Le « Zéro tolérance » risible et affreusement à la mode est remplacé par l’envie de donner une vraie chance. Il est tout de même extrêmement maladroit de montrer un drapeau, quel qu’il soit, pour nous faire lever la tête, geste qui donne son titre au film, des idéaux auraient suffi.

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