[Critique] « Les terrasses » de Merzak Allouache

3 juin

 

Vous êtes sur la terrasse d'en face... tapis...

Vous êtes sur la terrasse d’en face… tapis.

 

 Que de chemin parcouru depuis Omar gatlato, le macho d’Alger adepte de cinéma indien. Après une descente aux enfers avec des films « grand public » très négligés qui ne lui ressemblaient pas, il semblerait que le Merzak Allouache cinéaste soit de retour. Le virage se situe après Chouchou et Bab el web, imparfait mais charmant était le début de son renouveau. Depuis, plusieurs films et un activisme retrouvé, on se régale à nouveau du poète réaliste que peut être ce réalisateur. En effet, on trouve depuis longtemps dans ses films un romantisme des relations à distance, de sa ville d’Alger, de l’amour rêvé plus que vécu ainsi qu’une envie de montrer les mœurs de ses pays : l’Algérie et la France.

 Le découpage du film est simple et remarquable. Il nous fait découvrir en cinq éléments de temps, de lieu, de symbole, un Alger contemporain rythmé par les passions musicales et amoureuses cachées par les terrasses, la partie immergée de l’iceberg. Loin d’imposer un recul quelconque aux personnages, les vues hautes de plusieurs quartiers algérois révèlent une ville métissée, un ensemble architecturalement riche et baroque que le regard ne saurait éviter malgré la mauvaise volonté de certains. Et ce qui se passe dans chaque foyer doit rester privé, comme si chaque maison contenait ses hontes, ses secrets et son lot d’humiliation.

 Si les histoires ne se mêlent pas, ce sont les thèmes abordés qui se rejoignent : l’hypocrisie d’exercer une religion au mot près et peu considérer ses semblables, la beauté de ces gens qui essaient d’avoir une vie en parallèle de leur vie obligée, la frustration qu’engendre le manque de sexualité ouverte qui entraîne à puiser dans son imaginaire tant que le fond est usé, le manque de culture et de politisation de beaucoup… C’est que le passé est enfoui au fond d’une cage, en laisse dans un coin d’une terrasse, et qu’il n’intéresse plus personne, il est dangereux depuis qu’il a été réécrit dans le nouveau marbre.

 Doucement politique et un peu simpliste – il faudrait avoir étudié le communisme pour la jouer collectif aujourd’hui, le nouveau Allouache mérite d’être vu. Pour ses qualités cinématographiques mais aussi parce que l’amour entre deux femmes, dans la pénombre d’une terrasse, sans contact, est d’une beauté confondante.

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