[Critique] « Jamais de la vie » de Pierre Jolivet

26 avr

 

La rage oui mais la rage de dents...

La rage oui, mais la rage de dent.

 

 Film honteux d’après une célèbre émission sur le cinéma sur France Inter, tant il serait sombre, tant l’unité de lieu serait un ennui supplémentaire – alors que ce parking de supermarché, personnage à part entière, est un lieu de vie et de rencontre contemporain essentiel. Il serait donc pour eux invendable et impossible à conseiller aux gens, tous un peu bêtes, grâce à qui ils gagnent leur vie. L’ancêtre de l’émission, se plaint quant à lui des rôles écrits dans le seul but de remporter un prix quelconque et plébiscite Olivier Gourmet, il est vrai excellent ici, pour « une des plus grandes interprétations de l’année » au mois d’avril. Est-ce que les critiques arrivent encore à prendre du plaisir en minutant les films, en distribuant des prix individuels ? Un long-métrage est avant tout une aventure humaine, une expérience.

 Mais le pire est à venir : pour signifier que le film est réussi, on l’entend « à l’américaine », or, il n’y a rien d’américain ici : la romance ne s’accomplit pas, la vie est dure sans les artifices et l’action n’est pas répartie afin de penser à occuper l’esprit du spectateur, elle est seulement nécessaire à la fin, en rien enjolivée ou spectaculaire. Pour eux, Gourmet a simplement perdu son espoir et son passé syndical, ainsi que le peu d’intérêt qu’il avait pu avoir pour son métier de vigile. Tout indique pourtant le contraire, et ce, jusque dans la réalisation. Par exemple, on suit les fesses de Valérie Bonneton à la place de ses yeux à lui, avec une tendresse mêlée de frustration, et l’on capte la solidarité de l’autre au détour d’une conversation qui explose gentiment et nous montre que l’on existe. Comment un homme blasé pourrait-il avoir la force d’organiser une fin aussi altruiste ?

 Ce en quoi il ne croit plus, c’est un système de révolte organisé en syndicats ou en groupes, en un système tout court. Elle est effrayante cette feuille de route que l’on doit tous suivre, une vie dictée jusqu’à la retraite comme objectif, un ordre de soumission. Le scénario s’échafaude lentement et les acteurs portent le film : Olivier Gourmet, massif et laborieux, d’une force et d’une violence contenues jusqu’aux explosions régulières inouïes, et Valérie Bonneton, en rayon de soleil d’un jour d’automne, sont justes, servis par des dialogues et une ambiance adéquats. Puis, pour clore cette montée progressive, l’idée motrice du film et sa mise en scène reprennent le dessus sans écraser les acteurs.

 Le titre pourrait être la réponse que donnerait le personnage d’Olivier Gourmet à la question : « Avez-vous abandonné toute forme de résistance ? », mais aussi celle que livreraient les chroniqueurs de l’émission Le masque et la plume à la question : « Délaisseriez-vous votre posture populiste qui vous empêche de conseiller ce film à l’ensemble des auditeurs parce qu’il serait difficile d’accès ? ».

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