[Critique] « Taxi Téhéran » de Jafar Panahi

22 avr

 

Il ne manque plus que la baguette orientale sous le bras...

Il ne manque plus que la baguette orientale sous le bras.

 

 Qu’est-ce qui pousse les réalisateurs iraniens à autant apprécier faire de la voiture ? Comme dans Le goût de la cerise et dans d’autres Kiarostami, ainsi que dans Querelles – de Morteza Farshbaf, un élève du cinéaste primé à Cannes – où les protagonistes sont en plus sourds-muets, on déambule dans le pays et l’on regarde à travers les vitres de ce moyen de locomotion et d’expression. C’est que la voiture est un espace clos proche d’une habitation où le privé est roi mais aussi un lieu de rencontre où le public règne. Et c’est ce point de friction, d’échanges, qui intéresse les esprits malins, heureux de l’aubaine.

 L’ennui est la plupart du temps au rendez-vous, il faut bien le reconnaître, même si la torpeur née de ces longs « travelling travels » nous rappelle l’enfance et les paris intérieurs sur le nombre de poteaux électriques avant la fin de la rue ou le nombre de lignes blanches discontinues sur une route.

 Ici, Jafar Panahi réussit un film incroyable. Dans la forme, née de la censure, et dans le fond, car chaque scène est très différente de la précédente et engendre une réflexion, divulgue une facette de la société iranienne. Enfermé dehors, c’est au contact de ses contemporains que le grand Jafar, un peu en dessous d’Asghar Farhadi quand même, s’exprime le mieux. Ses personnages se montrent tous très cinématographiques : le voleur qui fait la morale soigne sa sortie, la nièce du réalisateur – sa vraie nièce – a une conscience aiguë du bien et du mal et nous enseigne les lois restrictives que l’on apprend dans les écoles de cinéma, et le vendeur de DVD piratés œuvre pour le septième art avant tout.

 Pourquoi Jafar est grand ? Parce qu’il se tait quand il veut dire quelque chose et qu’il s’arrange pour que ses clients parlent pour lui. Parce qu’il ridiculise le régime en montrant qu’en Iran tout le monde se filme – s’il y a plus de soixante-cinq millions de sélectionneurs de l’équipe de France de football, il semble y avoir plus de soixante-quinze millions de cinéastes iraniens – et filme la vie qui n’est pas islamiste, mais pleine d’imperfections. Parce que sa leçon de cinéma, il nous la fait sans être moralisateur, un sourire bienveillant accroché à la bouche. Parce qu’il met à l’honneur une femme – en fleurs, arrêtez les clichés, ce n’est pas du jasmin mais des roses – qui devient presque une apparition tant elle est positive, féminine, douce et combative.

 Autre côté sympathique du film : on a des nouvelles des précédents films de Panahi, comme s’il avait besoin de son monde toujours près de lui, de son pays qu’il ne veut pas quitter malgré les interdictions et les menaces qui pèsent sur lui. Sous la contrainte, le réalisateur redouble d’ingéniosité.

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