[Critique] « À trois on y va » de Jérôme Bonnell

31 mar

 

Que ceux qui ne fantasment jamais me jettent la première pierre, et ne voient pas ce film !

Que ceux qui ne fantasment jamais me jettent la première pierre, et ne voient pas ce film !

 

 Sans virgule s’il vous plaît les critiques, ça a son importance puisqu’il ne s’agit pas d’un compte à rebours mais d’un trio qui se sent plus fort une fois réuni, qui peut aller de l’avant, affronter la vie. Jérôme Bonnell essaie comme à son habitude de distiller de petits moments de bonheur charmants, et l’on reconnaît sa patte même s’il se montre ici moins fin, plus accessible. En effet, À trois on y va est un film grand public : deux femmes et un homme, déjà, dans la constitution du triangle, il y a quelque chose de consensuel et de rassembleur. Ensuite, les deux femmes sont bisexuelles, ce qui évite de montrer deux hommes s’embrasser, chose qui aurait pu cloîtrer le film dans une catégorie de cinéma qui n’atteint qu’un public restreint et militant. Pour autant, et même si c’est naïf, il apparaît peu probable que ce soit un calcul. 

 Le film plane bien plus haut que ces considérations, il apparaît que ce n’est pas une cause – ni deux femmes – qu’embrasse Jérôme Bonnell mais bien l’histoire particulière de ses trois personnages, en nous montrant leurs failles, leur visage de près, leur corps et leurs hésitations. Rohmérien dans l’âme – il n’y a qu’à voir Le chignon d’Olga où le premier plan nous montre un beau genou de femme, un certain romantisme est présent durant la première heure, bien entretenu, ce qui a pour effet de faire monter un désir progressif, comme daté mais jubilatoire. Et c’est cette envie qui s’accomplit dans la dernière partie du film, c’est pourquoi la sensation de former le quatrième côté ou d’incarner un des côtés du triangle fait un bien fou. À ce moment-là, on sent le soleil à travers la vitre de la voiture taper sur notre peau et la brise nous caresser. Et l’on sent aussi que la liberté sexuelle et amoureuse s’inscrit dans un cadre : la France.

 Les quelques recettes qui ont servi à lier de bons moments peuvent faire sortir certains d’entre nous du film. Citer Marilyn Monroe, nous montrer les textos échangés – il est pénible de constater que l’originalité est bridée par des effets, des scènes déjà vues dans des films étiquetés eux aussi « romantiques », ou encore dévoiler le corps féminin plus facilement que celui de l’homme, tout autant de petits défauts à laisser de côté pour se concentrer sur le reste : la force des dialogues, des élans, des déclarations de renoncement à la routine, de remise en cause de l’amour du travail alors nécessité alimentaire.

 Enfin, sur le modèle du clair-obscur, Bonnell nous fait prendre l’ascenseur émotionnel de nombreuses fois, par des passages tendus suivi d’un instant de douceur, pour panser les plaies, à la différence qu’en cinéma la rupture se fait sans les gradations. À nous d’adapter au mieux nos petits cœurs afin d’apprécier cette comédie française très réussie.

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