[Critique] « Birdman » d’Alejandro González Iñárritu

13 mar

 

Julien Lepers accueille trois nouveaux candidats aujourd'hui...

Julien Lepers accueille aujourd’hui trois nouveaux candidats.

 

 Après un Babel surjoué et oubliable et un Biutiful plus original mais brouillon, González Iñárritu obtient l’oscar du meilleur réalisateur pour Birdman. Je le rappelle pour ceux qui habitent dans une cave ou au fin fond de la Creuse, comme disent souvent les critiques parisiens. Est-ce mérité ? Par rapport à Argo, vainqueur l’année précédente, et vis-à-vis des concurrents The Grand Budapest Hotel, Boyhood ou Whiplash, entre autres, oui. Pour autant, est-ce un grand film ou même un film qui vaut la peine d’être vu ? Rien n’est moins sûr.

 Un des points communs avec les autres candidats précités est qu’il relève de l’anecdote. Ces films ne parlent pas universellement au public, mais ils considèrent des personnages bien particuliers, pas spécialement captivants et auxquels on a du mal à s’intéresser. Ici, en plus de cette lacune, il s’agit d’une mise en abîme du cinéma hollywoodien lui-même. Égocentré au possible donc, on assiste à un grand nombre de private jokes difficiles à supporter : lorsque l’on doit refaire le nez de quelqu’un, on parle du chirurgien de Meg Ryan ou quand un comédien colérique veut quitter la pièce, il souligne que ce ne sera pas Ryan Gosling que l’on recrutera par manque de moyens. Preuve supplémentaire, s’il en fallait, de son manque de remise en question et, pire, de son autosatisfaction et de sa publicité par lui-même.

 Au milieu de toute cette propagande, il y a des acteurs : Michael Keaton, qui entend une voix intérieure capitaliste contre laquelle il doit se battre, s’en sort bien, Edward Norton, fauteur de troubles – érectiles notamment, est indispensable, Naomi Watts est une femme d’une seule expression grave et régulière, Emma Stone est la fille de Keaton, ancienne droguée dépressive. Il y a aussi une histoire, un film dans le film ou plutôt une pièce dans le film et, énorme souci, l’objet n’est pas traité. Il n’est que prétexte à voir les coulisses, à entendre les potins, à suivre les vraies vies de ces petits héros censées s’imbriquer dans leurs rôles, et vice versa. Mais voilà, filmer une loge puis suivre un long couloir pour entrer en scène dans le même plan-séquence ne suffit pas.

 Avec un épisode aussi navrant que « Je me coince le peignoir dans la porte, je dois donc retourner nu au théâtre » ou des tirades comme « Attention ta braguette est ouverte » ou « On dirait qu’elle a taillé une pipe à un clodo », on tombe dans une vulgarité proche d’un film d’action quelconque, peut-être pour s’en moquer. Naomi Watts embrasse une autre femme, peut-être en référence à Mulholand drive, et Emma Stone joue avec Edward Norton sur un toit, sans doute pour nous renvoyer aux teen movies. Jusqu’où peut aller le gargarisme de ce cinéma ?

Une réponse à “[Critique] « Birdman » d’Alejandro González Iñárritu”

  1. http://koppa-oqccp.blogspot.fr/ 13 mars 2015 à 15 h 55 min #

    J’ai passé un bon moment en regardant ce film mais il est vrai que cette analyse retrospective m’oblige a casser ma position de spectatrice-passive et donc à revoir certains éléments. Donc oui, après réfléxion, il est dommage que la pièce elle-même ne soit pas plus mise en valeur que cela, elle reste tout de même assez bien intégrée au reste de l’intrigue.
    Je n’ai pas trouvé que la fille de Keaton était un personnage très intéressant, cependant j’ai aimé la façon dont on nous fait voir progressivement la vision qu’a Keaton du monde.
    Le film soulève aussi une réfléxion intéréssante sur la différence entre la gloire et le prestige… Bref, sans me renseigner sur le nombre d’oscars obtenus par ce film, je n’ai pas trouvé qu’il était désagréable.

Laisser une réponse

Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus