[Critique] « Discount » de Louis-Julien Petit

17 fév

 

A vos marques, prêts, partez !

À vos marques, prêts, partez !

 

 Louis-Julien Petit est un homme plein de bonne volonté, son film est financé de façon participative et il décide de nous montrer que les nécessiteux ont besoin d’un vent frais et positif pour les porter, nous qui pensions qu’ils avaient besoin d’un peu plus d’argent pour s’en sortir. L’angle niais de la « Positive attitude » nous permet donc de passer de bons moments en tant que spectateur mais, au-delà de ça, qu’est-ce que le film nous permet de mieux appréhender ?

 Dans le choix des acteurs, on voit une volonté de lier un effet entraînant en actionnant deux leviers : l’un assez consensuel et commercial avec un Pascal Demolon, vu dans Radiostars, aux sourires et mimiques dévastateurs et rassembleurs, l’autre plus direct avec l’emploi – comme caissière certes – de Corinne Masiero (Louise Wimmer, rappelez-vous) et d’acteurs peu vus auparavant. Zabou Breitman en cheftaine de supermarché obligée de sévir est à sa place, sans forcer son personnage, même si l’intrigue familiale qui l’entoure est faible et parodique.

 Il faut essayer aussi de ne pas bouder son plaisir pour apprécier ce premier film plutôt prometteur, dans lequel il règne par moments une tempête de pacotille, un enthousiasme enfantin, à voir les personnages flouer la grande distribution qui elle n’a que peu de vergogne pour eux. Et tant qu’il y aura des gens prêts à investir la zone de chalandise avant même l’ouverture des portes, il faudra des cinéastes pour se moquer d’eux. Tant qu’il faudra accepter d’aller toujours plus vite, avec la possibilité de se faire virer du jour au lendemain, et de garder le sourire, il faudra faire des films là-dessus. Le film est donc légitime.

 Dans la forme, par contre, il manque pas mal de jolies choses. À peine effleurées, des idées auraient mérité un autre traitement. Le film n’ose pas s’engager et, à la limite, on se demande si l’on va se venger de nos exploitants. Il ne tient pas non plus de la farce ni d’une conviction réelle du réalisateur mais plutôt d’un populisme qui trouvera son public. Il se peut qu’après ce film, lorsque vous entendrez « solidaire », vous ayez un rictus comme première réaction et non une envie de révolte.

 Mais comment résister à l’envie de voir fleurir des discounts dans des granges isolées où les produits seraient si peu chers que l’on constaterait les marges effarantes réalisées ? Comment ne pas fondre devant le doublement des salaires de nos amis d’un soir, prolétaires comme nous tous ? Comment ne pas succomber à Cambodia de Kim Wilde, même si là encore le tube n’est pas assez valorisé ? Impossible.

 Ce qu’il reste après quelques jours peut s’avérer instructif pour les non-initiés en politique, faire germer des idées chez des adolescents – et je ne parle pas de l’âge ici – et au mieux générer une prise de conscience, celle de ne plus passer aux caisses automatiques, mais pour les autres, j’ai peur qu’il ne reste qu’un léger sourire.

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