[Critique] « Fidelio, l’odyssée d’Alice » de Lucie Borleteau

27 jan

fidelio

Le cul d’un fidèle, et pas sur la place Saint-Pierre !

 

 Après l’inénarrable Capitaine Phillips, dans lequel les gens civilisés se disent au revoir en s’avouant qu’ils s’aiment alors qu’en Afrique une bande de barbares se prépare à envahir le sol américain, euh le navire pardon (qui s’appelle quand même le Maersk Alabama), et le plus réel et assez réussi Hijacking sur le même thème, voici Fidelio, l’odyssée d’Alice. Fidelio, un navire engagé, il est vrai, non pas sur la route du danger au large de la Somalie mais sur celle de la solitude, de la réalité de la vie de marin. Ici tout n’est pas thriller, tout n’est pas exaltant mais un peu plus que tiré d’une histoire vraie.

 Pas de Tom Hanks non plus, et pas de happy end puisque les moments heureux sont disséminés un peu partout à l’intérieur du film, comme dans la vie. Ici, c’est Ariane Labed, actrice qui gagne à être connue, déjà vue dans Attenberg ou dans Une place sur la terre, que l’on suit en femme libre, même si le capitaine Melvil Poupaud – quel chemin parcouru depuis le rivage rohmérien d’où il a embarqué pour faire cette superbe carrière – lit tous ses messages électroniques. C’est à travers leur histoire d’amour et leur jeu d’acteur que l’on découvre l’isolement et la demi-vie qu’il leur reste.

 Le caractère de la jeune femme est un modèle de féminisme : elle est aventureuse, elle voyage, elle rencontre des hommes du monde entier et les compare entre eux. Fini le temps des colons venus séduire les autochtones, elles aussi veulent de l’exotisme, de la variété et c’est elle qui se met en chasse, qui devient nomade. Au diable la sagesse et les varices. Et ça fonctionne d’autant mieux qu’elle allume avec douceur, qu’elle considère ses amants au-delà de la simple aventure, qu’elle possède une âme et se montre désinhibée jusque dans les scènes sensuelles, joliment filmées, dans lesquelles on sent la femme prendre du plaisir comme elle en a envie et non pas comme l’homme la ferait jouir.

 Tout est réuni dans cette arche de Noé : le ventre du bateau, bruyant et chaud, la salle des machines, ses bras et ses jambes qui s’agitent auprès de marins de toutes nationalités. Le roumain est coiffé d’une queue de cheval et se montre gentil, les philippins sont crédules et souriants, les bretons sont durs mais justes – quel message ! – et tout ce petit monde doit vivre ensemble pendant plusieurs mois, doit cohabiter, tiens, devrait-on s’en inspirer ? La tête pensante est représentée par les officiers en costume.

 L’intrigue, le journal de bord du mort qu’Alice est venue remplacer et qu’elle nous lit peu à peu, devient secondaire et c’est tant mieux. Parce que ce qui est intime ici, au-delà du journal, c’est la mécanique des sentiments, l’équilibre entre la vie marine et la vie terrestre.

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