[Critique] « Entre deux mondes » de Feo Aladag

10 jan

 

 

Entre deux pays; entre deux mondes...

Entre deux pays, entre deux mondes…

 

 Après L’étrangère, très réussi car très documenté, froid et sobre, Feo Aladag nous livre son deuxième film. Après avoir parlé de ce qu’elle connait en tant qu’autrichienne mariée pendant dix ans à un turc, à savoir l’importation d’une culture – et de ses dérives – dans une autre qui l’isole, elle décide cette fois de nous emmener en Afghanistan, où l’OTAN envoie des soldats allemands défendre des villages dans lesquels les afghans font ce qu’ils peuvent face aux talibans.

« Il y a un monde entre toi et moi » : on emploie souvent cette formule pour signifier une prétendue supériorité, pour dire à l’autre qu’il se situe dans une sphère, une classe, nettement plus évoluée ou plus faible que la nôtre. Et là, même si l’Allemagne et l’Afghanistan sont sur la même planète, il semble bien exister deux mondes. Et c’est entre eux qu’essaie de se situer la réalisatrice, pour nous porter à mieux les comprendre. C’est aussi entre eux que le personnage principal cherche son frère mort au combat. C’est aussi entre les tolérants à tout prix et les racistes endoctrinés que tend son cinéma en posant pas mal de questions sans donner de réponse.

 Sa subtilité ne réside pas seulement dans le fait de traiter des sujets forts et d’actualité avec intelligence, mais aussi dans un réalisme pur et dur, dans l’envie de décrire les aspects humains des monstres en puissance que nous sommes tous. Contrairement au vulgaire Zero dark thirty de Kathryn Bigelow et son lot de provocations verbales inutiles, de réveil dû à l’appel du muezzin (proche d’un Jean Dujardin parodique dans les OSS 117), de patriotisme épuisant, de Jessica Chastain puritaine et choquée par la violence, d’interrogatoire « cool » peu plausible et j’en passe, le discernement est dans toutes les scènes. Une en particulier retient notre attention par son envie de partager une idée de paix commune, où l’on voit les locaux et les étrangers communiquer, avoir les mêmes envies, la même lassitude. C’est aussi un film sur le dépassement de fonction et sur l’idée que lorsque nos intentions sont bonnes, on ne peut agir seul au risque de compromettre l’équilibre.

 Ici, pas de Sibel Kekilli pour sublimer l’interprétation. On peut parler d’un après L’étrangère pour poursuivre une filmographie en douceur, dans l’attente d’une suite prometteuse.

Pas encore de commentaire

Laisser une réponse

Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus