[Critique] « Mon amie Victoria » de Jean-Paul Civeyrac

7 jan

 

Romanesquement admirablissime et bouleversifiant !!!

Romanesquement admirablissime et bouleversifiant !!!

 

 Mon amie Victoria, c’est tout d’abord un hommage à Doris Lessing, féministe engagée morte l’année dernière, intéressée par les relations entre les noirs et les blancs. Perfect mothers, d’Anne Fontaine, adaptait déjà un de ses livres à l’écran et rendait assez mal le vertige du scandale occasionné par deux mères ayant une aventure avec le fils de l’autre. Ici, Jean-Paul Civeyrac, habité par le souvenir et les êtres fantômes dans ses précédents films, les quitte un moment pour nous parler de la condition de la femme noire en milieu hostile, dans un centre-ville parisien contemporain.

 Ce que les critiques appellent finesse dans ce film, c’est un dialecte cinématographique répandu au fil des années que l’on acquiert en faisant des écoles de cinéma, en rencontrant les gens qui nous disent comment faire un film, en appliquant une recette. Une fois que l’on possède ce langage, on est prêt à entrer dans le cercle des initiés. Les moments redondants deviennent ainsi des références à d’autres films, plus vieux, et la voix off devient une allusion à Truffaut au lieu d’être ce qu’elle est, particulièrement ici une explication de texte et d’images sommaire doublée d’une injonction à ne pas penser par soi-même. Alors, le découpage en chapitres n’est plus une rigidité mais une idée littéraire qui selon eux apporte un plus.

 Le véritable sujet du film est l’hypocrisie sociale. Il y a des personnages qui la portent sur eux, sur leur visage et dans leurs attitudes, ce qui occasionne quelques sourires. Cela dit, la gravité de ce racisme larvé est ramollie par la mise en scène, on a la fâcheuse impression de tout le temps éviter l’affrontement. Il y a même un élément qui nous alarme : l’héroïne ne se sent jamais agressée ou touchée, il semblerait qu’elle éprouve une fascination pour la famille bourgeoise et ses deux enfants, dont elle tombe amoureuse tour à tour. Est-ce parce qu’elle n’est chez elle nulle part qu’elle paraît toujours absente ?

 En dépit de quelques idées personnelles et originales, comme le fait d’éprouver de l’amour encore enfant ou filmer Paris comme un endroit où les gens se croisent souvent dans la même journée, on est dans quelque chose de sensible mais de trop ordonné. Après Bande de filles, de Céline Sciamma, Jean-Paul Civeyrac a lui aussi eu du mal à trouver des actrices noires, et ce que l’on peut espérer dans le cinéma ces prochaines années, c’est de gommer cet énorme écart, de métisser le métier d’acteur français. Le réalisateur aurait trouvé cette idée très bobo, comme nous l’indique la voix off qui présente les riches parisiens comme des bien-pensants lorsqu’ils sont tolérants.

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