[Critique] « Terre battue » de Stéphane Demoustier

5 jan

 

Pas facile pour une femme de s'exprimer à Leroy merlin

Pas facile pour une femme de s’exprimer à Leroy Merlin.

 

 Olivier Gourmet est l’acteur phare de Terre battue. C’est de son obsession des grandes surfaces, de ses parkings – si la terre est ici battue, c’est par le béton, et ce, sur un score sans appel – et des statistiques des zones de chalandise que naît une envie de le comprendre, de s’en moquer et donc d’entrer dans le film. Son jeu d’acteur, ample et imprévisible, nous permet d’avancer pas à pas. L’incertitude est accentuée dès la première scène et, lorsqu’il rassemble ses affaires pour son dernier jour de travail, on sait que sa vie peut changer.

 On voit que le réalisateur, le frère d’Anaïs Demoustier, a sans doute travaillé dans la vente et joué au tennis car les deux domaines sont traités avec profondeur, la soif de détails est une très belle chose quand trop de films abordent des sujets sans les maîtriser. Ce dont il s’agit également, c’est de fierté : Olivier Gourmet ne se remet pas en question et il donne tant dans le domaine professionnel que sa femme et son enfant doivent se constituer une vie parallèle. Pour sa femme, Valeria Bruni Tedeschi, ce sera la fuite et l’adultère, pour son fils, ce sera le sport et donc le tennis.

 Dans une société élitiste, jamais assez pour certains, il n’est pas évident pour un enfant de se faire sa place, surtout que celle qui est qualificative est unique. Le père, plutôt que mettre la pression sur son fils, ne se rend pas compte de l’enjeu, trop égoïste qu’il est à mettre en place de vagues projets. Il existe un corps de film plein d’hésitations, des longueurs pleines de peut-être très attachants, quelque chose du « cinéma d’auteur » beau quand il n’est pas sûr de lui. Par exemple, on se demande si les parents ont réussi leur éducation, là encore certains les jugeront parce qu’il est trop absent, parce qu’elle a envie de liberté et d’être considérée, et pourtant, les défauts de chaque composante d’une famille la constituent d’autant plus. Subtilement, Stéphane Demoustier pose également le problème de ces adultes restés des enfants incapables d’avoir des responsabilités et de leurs enfants qui grandissent vite et les dépassent.

 Le petit champion de la famille a trop tôt un trop grand poids sur les épaules, ce qui amène aussi le souci de la notation d’élèves encore peu aptes à digérer une humiliation ou une euphorie. Plus largement que le tennis, le sport est une école de la vie dit-on souvent, il est donc temps de remettre en question l’ensemble d’un système, d’accompagner les progrès lents et minutieux plutôt que réévaluer chaque semaine, semble dire le réalisateur qui s’est inspiré de certains faits pour en faire un film prise de conscience, doucement social.

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