[Critique] « White God » de Kornél Mundruczó

26 déc

 

Entre les rues dans les grandes villes, il y a des trous, des terrains vague ou la  colère prends forme...

Entre les rues des grandes villes, il y a des trous et des terrains vagues où la colère prend forme.

 

 Est-ce qu’il s’est trompé ? A-t-il voulu titrer White Dog ? Il est hongrois, il ne doit pas parler anglais couramment, quelqu’un aurait pu le corriger, ce n’est pas sérieux !

 Plus qu’un film de groupe, White God est un film de meute. Pourtant, le meilleur réalisateur hongrois de ces dernières années (il faut absolument voir Delta, Johanna et Pleasant days, tous les trois choquants, profonds et révoltants) est très certainement au-dessus de la mêlée. Ce qui implique un peu de prétention, notamment dans la mise en scène – ouverture du film en forme de bande-annonce ou courses-poursuites un peu trop longues – mais aussi dans ce titre évocateur de mille idées, un peu trop pompeux.

 Qui serait le Dieu Blanc ? Le monde occidental du vieux continent qui se réclame pur et qui a soumis le monde entier ? En tout cas, cette thèse ferait écho au racisme étatique que Viktor Orbán fait régner sur la Hongrie. Ici, les bâtards sont des chiens croisés et ils sont exclus des foyers. Au niveau religieux, au vu de la couleur de peau de Marie et de Jésus, il se pourrait que Dieu soit blanc. Ici, dieu et blanc sont plutôt deux mots qui contiennent des valeurs de domination et de conservatisme. Pourquoi les avoir groupés dans un titre incohérent ? Pour choquer sans doute.

 Il y a dans ce film beaucoup d’éléments qui soulignent l’ambition de faire un grand film et, même si tout n’est pas réussi, il faut le saluer. De la citation « Tout ce qui est terrible a besoin de notre amour » à la scène de rédemption finale, tout est puissant et installé. Oui, la métaphore est extrêmement forte.

 Ce qu’il faut savoir de Mundruczó, c’est que sa finesse n’est pas évidente, il illustre son idée de base frontalement et, bien sûr, ça peut déplaire. Il n’est pas effacé, ni en demi-teinte ou dans la subtilité, il ne peut s’en permettre le luxe. Dans Johanna, son égérie Orsolya Tóth, que l’on voit ici faire une seule apparition, était une infirmière prostituée qui incarnait Jeanne d’Arc et déjà dans Pleasant days, la dureté de la vie quotidienne rappelait les pires – les meilleurs – moments des films de ses voisins autrichiens Ulrich Seidl et Michael Haneke. Ici, les chiens tuent réellement, une fois enragés de s’être trop longtemps fait dompter sans aboyer. On peut écouter du Mozart et apprécier Wagner, selon son humeur.

 Le symbolisme, parfois lourd, s’affiche jusqu’aux dernières notes, le rappel est pourtant salutaire. C’est grâce à la culture de l’instrument de musique, importante en Europe Centrale, que pouvoir pardonner devient possible. Mais Mundruczó n’accepte pas le pardon partiel, il ne fait pas plaisir au spectateur en lui distillant des doses de bonne humeur de temps en temps, de petites réjouissances futiles. Il ferait un excellent négociateur syndiqué. De plus, il ne montre pas que les pauvres ont une meilleure âme : lorsque l’on croit qu’un SDF hongrois pourrait créer un rapport équilibré avec le chien héros errant, c’est pour mieux le dominer. Le film est alors un peu plus que seulement politique.

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