[Critique] « Timbuktu » d’Abderrahmane Sissako

23 déc

 

Rends tout de suite ce voile à ton amie...

Rends tout de suite ce voile à ton amie !

 

 Moins naturel dans son geste que dans Bamako ou En attendant le bonheur, Sissako, à peu près le seul référent lorsque l’on évoque le cinéma d’Afrique noire, nous donne à voir un film plus policé, moins brut, plus travaillé peut-être. Déjà, le sujet choisi semble plus d’actualité, plus influencé, est-ce pour plaire aux critiques et au public de festivals ? En tout cas, d’après le monde du cinéma, il est honteux que Sissako n’ait rien eu à Cannes, il semble que l’air du temps ait joué dans leur opinion. Par contre, les méchancetés énoncées çà et là pour expliquer que le film oublie des éléments historiques, en appuie d’autres ou bien est trop poétique par rapport à la réalité de la guerre, sont incroyablement basses, il va falloir être aussi critique envers les films américains qui réécrivent l’histoire et font passer les autres peuples pour inférieurs, et ce, sans poésie aucune.

 Des djihadistes envahissent le Mali et y appliquent violemment la charia. Voilà, tout est dit, je vous ai révélé l’intrigue et le dénouement. Reste à tracer des trajectoires, à peindre des personnages, et pour cela le cinéaste est très habile. Il parvient à nous toucher de par ces villageois rebelles, ces couleurs, les cadres choisis, les musiques et les ambiances nocturnes. Pourtant, il se révèle un peu trop malin lorsqu’il décrit ce couple et ses enfants vivant à l’écart. Ils sont beaux, filmés avec beaucoup d’attention, ils ont des réactions exagérées, la finesse perçue jusque-là s’évanouit un peu.

 Attardons-nous plutôt sur le raffinement de la réalisation : lorsque les choses se compliquent, des cheveux s’entremêlent, il faut les peigner longtemps au soleil, et lorsque le terroriste sans foi essaie de tirer son coup de fusil, il le fait sur un buisson ardent dressé entre de merveilleuses courbes de sable.

 Timbuktu, c’est le destin de ceux qui ont choisi de rester sur la terre originelle pour cohabiter avec la barbarie. L’imam, malgré son savoir et son calme – Sissako ne condamne pas la religion en tant que telle mais ce que les hommes en font, ne parvient pas à raisonner les envahisseurs, montrés comme des personnes aussi bêtes que méchantes. On peut y voir une envie de parler de banalité du mal, comme la théorie chère à Hannah Arendt appliquée à l’islam.

 Le football tient ici une place importante et originale. Il est interdit, non pas qu’il soit écrit « Football interdit » dans le Coran mais plutôt parce qu’il représente l’Occident. Ainsi, la discussion sur le sujet vise non seulement à nous indiquer que les terroristes aiment ce sport mais surtout qu’ils discréditent la victoire française en coupe du monde. La scène sans ballon n’est quant à elle qu’un banal piège à médias.

 Le réalisateur incrimine aussi le monde des hommes pour défendre celui des femmes, encore une idée à la mode qui aide à remporter des prix. Ils ont peur d’avoir des sentiments et répriment leurs envies, ils se battent aussi parce qu’ils manquent d’affection, donc d’équilibre. N’est-il pas plus facile de prétendre échanger de l’amour avec un dieu plutôt qu’avec une personne physique qui pourrait ou non en attester ?

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