[Critique] « Une nouvelle amie » de François Ozon

27 nov

 

L'importance des matchs de tennis au cinéma

L’importance des matches de tennis au cinéma.

 

 Ce qui est intéressant chez Ozon, c’est qu’il trouble les lois du genre, pas le cinématographique, l’autre. Il propose une approche ludique, accessible à tous, assez globalisante sans non plus prendre les gens pour des imbéciles. Ici encore, il tente de nous emmener à comprendre un homme qui s’habille en femme, qui a envie par moments d’être dans la peau de l’autre sexe, sans pour autant trop rentrer dans sa psychologie. Il est vrai que le réalisateur reste en surface, mais par souci de mieux faire passer son message, si l’on peut dire, car Ozon n’est pas un de ceux qui politisent leurs films, ni leurs interviews d’ailleurs.

 Le point de vue n’est pas sérieux, il n’y a pas de larme ou de rire franc à attendre. Après les robes de Potiche ou de Huit femmes, on sait que c’est à un jeu d’acteurs, de scénario et de joutes verbales que nous sommes conviés, ainsi qu’à une ambiance feutrée, travaillée et esthétique plutôt qu’à un film coup de poing. Anaïs Demoustier, Romain Duris et Raphaël Personnaz s’en tirent tous très bien, surtout les deux premiers, desservis par des rôles plus écrits, plus complexes. Le cadre retenu par Ozon est un quartier huppé, que l’on ne peut situer et que l’on croirait sorti de séries américaines, où nos héros ne sont séparés que de quelques pâtés de palaces. On en voit certes beaucoup au cinéma mais il semblerait qu’ici ce soit à une fin précise : signifier que l’on peut aimer se travestir dans ce milieu-là aussi.

 Romain Duris tient le rôle à merveille, il n’en rajoute pas et semble s’émouvoir de se voir ainsi. Anaïs Demoustier est la raison d’aller voir ce film : un rôle de petite femme, vivant aux crochets de son mari parvenu (à travailler le plus possible), qui devient une femme. Son personnage s’épanouit et elle en devient tolérante. De par ses taches de rousseur, très peu masquées pour une fois à l’écran, elle est plus innocente, elle évolue et ce que l’on retient, ce sont ses phrases chocs de femme bien pensante et ses gentillesse et compréhension teintées d’hésitations. Peut-être que notre nouvelle amie, à nous spectateurs, c’est elle.

 Ce qui est dérangeant chez Ozon, c’est que, comme dans Jeune et Jolie, il parle d’un sujet important, que l’on peut qualifier de grave, avec une trop grande légèreté, faisant cinéma de tout bois. Il joue (encore) avec des retournements de situation simplistes, des accidents de voiture par exemple ou des enterrements pleins de musique douce, et notre cœur habitué n’est plus totalement retourné. Il met néanmoins les femmes au centre de son œuvre et il semble les comprendre sans les juger. Les scènes sensuelles, comme dans Jeune et Jolie, constituent des moments troublants qui résument assez bien son cinéma, elles créent un flottement en nous – ici la découverte du sexe masculin sur le corps travesti – mais, au-delà du choc créé par la mise en scène, il ne reste aucun questionnement.

3 Réponses à “[Critique] « Une nouvelle amie » de François Ozon”

  1. http://koppa-oqccp.blogspot.fr/ 13 mars 2015 à 16 h 10 min #

    Après avoir vu la BA de « Une nouvelle amie », sans m’attendre à une comédie bien grasse, je pensais tout de même que le film n’éviterait pas quelques situations clichées (la seule scène relevant vraiment du cliché est pour moi celle de l’ascenseur mais comme tout le film n’est pas constitué de « gages » dans ce genre, elle est plutôt plaisante).
    J’ai été agréablement surprise par la façon dont Ozon traite le sujet, il « reste en surface donc mais par souci de faire mieux passer son message », comme tu l’as dit, ce qui me semble particulièrement juste.
    Pour moi, il ne s’agit de l’apprentissage de Duris ni de Demoustier en particulier, mais de l’un et l’autre ensemble.
    A cause de la simplicité juste du film, j’ai été assez surprise par la scène de l’hopital lorsque Duris se réveille (l’habillage, la chanson) : c’est joli mais ça fait un peu Belle au Bois dormant.
    Bref, j’ai trouvé le film vraiment plaisant.

  2. antiherosmoderne 30 décembre 2014 à 18 h 52 min #

    Merci de ton commentaire, ça fait toujours plaisir. Tu aimes quoi chez Ozon? Qu’as tu trouvé intéressant dans ma critique?

  3. Mademoisellevi 9 décembre 2014 à 19 h 23 min #

    Je suis de celles qui adorent Francois Ozon
    Ta critique était très interessante à lire <3

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