[Critique] « Mommy » de Xavier Dolan

9 nov

 

Même près de la machine à laver il est important d'avoir une belle lumière

Même près de la machine à laver il est important d’avoir une belle lumière.

 

 

 Avez-vous déjà entendu que Xavier Dolan a vingt-cinq ans et que c’est son cinquième film ? Non ? Sortez de votre grotte. Dans un monde médiatique fasciné, sans question critique, peu pourraient soupçonner la vanité de leur idole si jeune. Il est pourtant à noter l’incroyable prétention du réalisateur qui avait préparé son discours pour la Palme d’or avant de ne pas la recevoir. Néanmoins, soyez-en certain, si l’on continue de le monter si haut, il l’aura, c’est écrit. Lui qui se réclamait de Godard pour le renier ensuite, lui qui déclarait détester les réalisateurs qui enferment leurs personnages dans des clichés après avoir fait porter des hauts léopard et chanter mal à l’aise Anne Dorval dans J’ai tué ma mère, lui qui a pris les paysans pour des arriérés (l’homosexualité serait un tabou absolu chez eux mais une tentation inassouvie) dans Tom à la ferme

 Dans la continuité, la même Anne Dorval est ici habillée en adolescente, caricaturale au possible tant elle est vulgaire sans variation. Et, bien entendu, elle n’est pas capable de garder un job, d’entretenir une relation amoureuse. On espère alors que ce n’est tout de même pas pour nous expliquer pourquoi son enfant est né instable. Non, c’est impossible. Pourquoi ? Parce que Dolan évite soigneusement la psychologie. Dès qu’elle pourrait s’immiscer, il la détruit par des excès d’actions. Ça crie, ça piaille, ça gesticule, ça rit et ça oblige à rire. Il fait tout pour que l’on ressorte du cinéma la tête remplie d’images, mais encore faudrait-il pouvoir les rattacher à des scènes, à des sentiments, plutôt que de recoller les morceaux comme dans un clip.

 Ce qu’il manque à Dolan, ce sont des musiques, celles des mots pour commencer. Il veut plaire à l’international, faire des films commerciaux, c’est pourquoi Mommy est sous-titré en français. Il empêche de chanter sa langue originelle avec une explication soutenue de tous les dialogues. Puis, il nous donne à entendre Wonderwall d’Oasis, On ne change pas de Céline Dion ou encore des titres de Dido, des tubes qui n’ont aucun rapport avec le film mais bon, il aime ces chansons qui lui rappellent son adolescence. Dans Tom à la ferme, on ressentait déjà son envie de ne pas nous emmener en terrain inconnu. Il semble loin le temps où il nous faisait découvrir quelques chansons dans Les amours imaginaires.

 Xavier Dolan surfe sur la vague du cinéma féminin pas féministe, il donne ici des rôles à des actrices magnifiques (Anne Dorval et Suzanne Clément) et leur permet de s’exprimer, de montrer leur palette d’émotions. C’est un cinéma extraverti qui provoque des réactions, qui happe forcément un public nombreux mais avec de nombreux défauts trop visibles. Son art est brutal et a un effet immédiat. Mais après la nuit de noces, que reste-t-il ? Le cinéaste a des intentions, comme par exemple sortir des clichés, alors pourquoi ces tasses de thé tremblantes dans cet intérieur guindé chez les riches ? Pourquoi ces rires et ces crises chez les autres ?

 Il y a aussi beaucoup d’éléments éparpillés : une voisine qui se lie d’amitié avec un adolescent turbulent qui peut paraître agressif alors qu’elle est en arrêt maladie parce qu’elle ne pouvait plus supporter sa classe, des balades en skateboard – en longboard, c’est pas pareil – comme des moments de liberté dans le vent qui sont au final autant de clips répétés, des sous-entendus nullissimes comme lorsque la voisine lui met un pansement et que l’ado nous explique qu’elle panse ses plaies, des fous rires qui nous font rire façon Vidéo Gag… Bref, c’est foisonnant et ça plaît puisqu’il se passe toujours quelque chose à l’écran. Dolan nous livre ici un film d’action du cinéma d’auteur.

 Quid des personnages masculins ? Le voisin direct est inexistant et un autre habitant du quartier n’est qu’un dragueur écervelé. La complexité n’est pas au rendez-vous car Dolan a trop besoin de se servir de son cinéma comme d’une psychanalyse, les hommes ont été absents de son enfance. À force d’éviter de regarder ailleurs et de ne voir que son nombril, le torticolis cinématographique n’est plus très loin. Mais la simplicité de l’émotion recherchée par un large public ainsi que l’évitement des sujets qui fâchent font de Dolan un être aimé et populaire. Pour illustrer cela, il suffit de se rappeler qu’il ne veut pas être l’égérie d’une cause comme l’homosexualité, peut-être pour réunir son public plutôt que de le cliver ?

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