[Critique] « Geronimo » de Tony Gatlif

5 nov

 

 

Se marier? Vite fuyons !

Se marier ? Vite, fuyons !

 

 L’homme au parcours amusé a dû bien s’éclater à faire ce film, à moins que ce ne soit l’inverse. En effet, ne vous attendez pas trop à un film ordonné, ça part dans tous les sens, à l’image des balles et des lames des couteaux lancés. Il est évident que Tony Gatlif n’est pas au sommet de son art, que l’on peut identifier dans Exils après une montée en puissance de son cinéma. Avant ça, tous ses longs-métrages étaient intéressants, ceux sur les gens du voyage ou les personnes qui ne peuvent pas tenir en place, ceux avec Vincent Lindon, Gérard Darmon, Romain Duris ou avec des inconnus gagnant à être connus.

 Ce fut ensuite laborieux et Geronimo a le mérite de remettre Tony Gatlif dans sa galaxie, dans ce qu’il fait de mieux : parler des fustigés. En quelque sorte, il fait ici l’inverse d’un blog qui prétend défendre les français lorsqu’il s’empare d’un fait divers : une divagation positive, un délire impossible vers un message qui nous tire vers le haut. Attention, il n’y a pas non plus de déni de la réalité, simplement, plutôt que d’envenimer les choses, il les embellit. Le réalisateur passe des glaçons sur les plaies chaudes.

 La fournaise, voilà où nous entraîne Gatlif, dans un endroit qui pourrait être un carrefour entre l’Espagne, la Turquie et la France, un mélange méditerranéen. On y retrouve Geronimo qui, contrairement à Céline Sallette dite « la catalane », n’était pas un médiateur. Il était plutôt du genre guerrier, que sa lutte soit justifiée ou pas. Il faut croire que son nom et sa réputation ont fait de cet homme, tueur de mexicains et d’américains pour la défense de son peuple indien, une figure idéale des plus faibles. Elle s’en sort bien dans ce rôle de femme qui se met de côté pour s’occuper des autres, pour jouer le rôle de tampon entre les différentes communautés de sa ville. Elle incarne à merveille Tony Gatlif et sa vision en dehors du cinéma, son parcours. C’est que le bonhomme, malgré son âge et les difficultés qu’il a rencontrées, croit encore en de jolies choses, comme des moyens humains pour raisonner des gamins perdus ou résoudre des situations inextricables.

 Après un début où la légèreté, les gens heureux et leurs sourires nous conditionnent à prendre leur parti, des batailles dansées et chorégraphiées nous emmènent à mieux comprendre une rivalité qui enfle. Si vous arrivez à mettre de côté le ridicule et votre pudeur, vous pourrez peut-être apercevoir la beauté des turcs et des gitans, la naïveté du scénario, les roseaux et les paysages dans lesquels les fuites s’engagent. On assiste à un Mediterranean side story.

 Au-delà de ce que l’on voit, il s’agit d’un hommage à la vocation d’éducateur, de médiateur ou de grand frère. Comme pour dire que l’on ne peut pas renoncer à la compréhension, à la connaissance du terrain. Le natif d’Alger nous engage à tout ça et il ne s’agit pas de remporter une large adhésion par des tubes mais de proposer des chansons à texte et des ambiances originales, créées pour des scènes précises.

 Plus il y a désœuvrement, crise financière et misère affective, plus les nouvelles générations se replient sur la seule chose qu’il leur reste : ce qu’ils croient être des valeurs morales, comme la tradition ou l’honneur. Là aussi, Gatlif montre de manière très fine l’impuissance des vieux chefs (indiens comme Geronimo) à influencer en bien leurs enfants.

 Il y a deux raps, celui qui bombe le torse et empile les filles dénudées près des grandes piscines, sans émotion et à but commercial, et celui qui dénonce des situations, des injustices. Il y a les films violents qui prétendent rendre la justice, en nous montrant des morts qui ont fauté, et il y a Gatlif et son cinéma sans cadavre, peuplé de gens vivants qui nous font comprendre leur condition.

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