[Critique] « Gemma Bovery » d’Anne Fontaine

29 oct

 

 

Voilà vous avez vu le film.

Voilà, vous avez vu le film.

 

 Comme disait François Truffaut, qu’il est de bon ton de citer : « Le cinéma consiste à faire faire de jolies choses à des jolies femmes », je le sais, c’est écrit dans mon beau cinéma Gaumont près de chez moi. Anne Fontaine suit ici cette citation à la lettre. C’est à peu près le seul intérêt du film, voir Gemma Arterton minauder, faire l’amour, parler français avec son accent anglais et défiler dans différentes robes, pas si différentes d’ailleurs, comme si ses vêtements étaient « Made in Normandie », en hommage à Stone et Charden.

 Stone, Anne Fontaine devait l’être en écrivant (a-t-il été écrit ?) le scénario. Une magnifique jeune femme s’installe avec son vieux mari – aucune consistance donnée à ce pauvre monsieur – en face de chez Fabrice Luchini, et non pas Martin Joubert (son nom dans le film) tant il ne joue pas de rôle. Et, bien sûr, elle s’appelle Gemma Bovery, pourquoi pas l’appeler Anna Kalinin aussi ? Quand on connaît le goût pour la littérature du bonhomme, écrire ce scénario équivaut à donner en voisine Eva Longorioc ou Monica Bellucca à un beauf dont les occupations principales sont le tuning, la musculation et les séries américaines. Rien n’est possible mais tout le monde semble s’en moquer car c’est estampillé « Comédie », ce style léger qui permet à des tas de scénaristes de renflouer leurs comptes en banque sans trop réfléchir.

 Lorsque notre érudit théâtreux prend la parole, très vite, il nous regarde fixement, pour nous mettre dans la confidence, il s’adresse à nous. C’est curieux parce qu’il parle aussi à son chien pour ne pas parler seul à voix haute. Est-ce que cela signifie que la réalisatrice nous prend pour des chiens ? Quelle idée saugrenue, non ?

 L’anglaise fraîchement débarquée apprend le français en quelques scènes pour parler à notre ami de droite décomplexée qui ne parle pas anglais, et ce qui fonctionnait bien dans Les femmes du 6ᵉ étage avec le « jamón » et l’accent espagnol est ici repris comme un filon. Quand Valérie Joubert, la femme de Luchini, prend la parole, c’est uniquement pour conseiller des supermarchés dans les environs. Tu parles d’un film de femmes !

 Aucun personnage secondaire n’a d’épaisseur. Et puis, Luchini en boulanger, c’est comme David Douillet ou Bernard Laporte flanqués de responsabilités politiques, on n’y croit pas. Si vous n’êtes pas encore écœurés, sachez que Gemma Bovery se met au sport suite à une réflexion sur ses courbes. Les scènes de repas sont aussi courtes qu’inutiles, les dialogues peu savoureux et inaboutis, notamment la touche Pascal Bonitzer (un invité fréquent du canapé rouge de Michel Drucker, qui a participé au scénario et qui défend le côté gauche de la France) : on sourit enfin, puis sa femme lui dit de se taire, voilà comment éviter de rentrer dans un sujet « prise de tête ».

 Remarquez, c’est sans doute divertissant puisque le type derrière moi essayait de devancer les intrigues et en instruisait sa compagne dès qu’il le pouvait, et à voix haute. Le pire, c’est qu’il y parvenait assez souvent. Donner aux gens ce qu’ils veulent voir : serait-ce un critère pour reconnaître un mauvais film ?

 Cabotinage : manière d’agir théâtrale et prétentieuse. En voici une illustration parfaite. Seul Fabrice Luchini, sa diction et son érudition (dont on doute parfois tant elle se met au service de gags faciles et de la vulgarité) sont importants ici. Il écrase tout, piétine l’œuvre de Flaubert dont il ne subsiste rien, et finit par lasser.

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