[Critique] « L’institutrice » de Nadav Lapid

25 oct

 

Beau gosse!

Beau gosse !

 

 Nadav Lapid, israélien vivant en France, cherche un détonateur, un élément modificateur pour changer les esprits de ses contemporains, alors que l’on aurait pu penser qu’il allait nous pondre un énième film pour festivals occidentaux. Ici, il se cache sous les traits d’un enfant poète, ou de la poésie elle-même.

 Le réalisateur dépeint une société où la propagande est présente à l’école, dans les chants patriotiques, mais surtout où la banalité et la routine ont pris le dessus. Chacun fait semblant publiquement de vénérer des valeurs obsolètes mais d’actualité, la religion n’étant plus réservée à la sphère privée mais se faisant un moyen de montrer que l’on est quelqu’un. Tout ce qui pourrait être spirituel est mangé par la cupidité des uns et l’hypocrisie des autres.

 Cet enfant, charmeur de serpents sans flûte, déclame des poèmes israéliens, courts comme des haïkus, avec en point commun le détachement de l’orateur, et peu de personnes, y compris ses parents, n’y prêtent attention. Il fait les cent pas et, une fois son cerveau oxygéné, il dit des images, décrit des pensées, des situations qu’il ne peut avoir vécues à son âge. C’est l’écart entre le monde adulte dur et sans pitié et le monde enfantin illustré, mais aussi une certaine nostalgie d’un temps où être poète était un peu plus reconnu.

 Cependant, l’espoir existe, il est incarné par l’institutrice qui décèle chez l’enfant une lumière et un don pour sortir de sa vie ordinaire. La qualité majeure du film est là, dans la progression de leur relation, dans le trouble profond que la candeur provoque en elle. Lorsqu’elle apparaît en très gros plan, près de nous à hauteur d’enfant, et que ses grands yeux se font inquisiteurs, on voit le manque que la poésie peut combler. Nadav Lapid instaure alors une ambiguïté bien entretenue par les coups de fil en cachette, par la petite sortie nocturne, par tout ce qui pourrait se passer entre deux amants.

 Il y a d’autres bonnes idées comme cet atelier de critique poétique, qui ressemble davantage à un tribunal de bonnes mœurs avec ses chiennes de garde, ses excentriques égocentriques et ses vrais passionnés. Ça ressemble à une raillerie à l’endroit des critiques de cinéma fidèles à leur célèbre tribune du dimanche soir, l’ambiance y est glacée et le réalisateur s’arrange pour ridiculiser la froideur, la lucidité d’opinion par rapport aux risques pris par une œuvre. Il y a aussi ces chants de supporters déclamés comme de la poésie moderne agressive et raciste.

 Pourtant, globalement, le résultat est décevant. De la finesse, il y en a partout, mais pour quels messages ? Pour combien de moments agréables ? Pire, la fin est exaspérante, elle donne plus ou moins raison à la société qui se méfie de tout le monde. Il ne suffit pas de mettre de la musique vulgaire, de faire danser des militaires dessus et de montrer en opposition cet enfant lunaire, empreint de finesses fulgurantes, pour démontrer quelque chose. Il est de plus très regrettable que les poèmes choisis soient ceux écrits par l’omniprésent Nadav Lapid lorsqu’il était lui-même enfant, n’y avait-il pas d’autres poètes, oubliés par exemple, à mettre en avant ?

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