[Critique] « Trois cœurs » de Benoît Jacquot

26 sept

 

Catherine Deneuve peu utilisée, cachée, quelle idée !

Catherine Deneuve peu utilisée, cachée, quelle idée !

 

 Écouter Benoît Jacquot parler, c’est un peu comprendre son cinéma : une élocution lente et laborieuse pour accoucher d’une souris. Trois cœurs, c’est le titre parce qu’ils sont trois et que chacun a un cœur et, bien entendu, ils vont souffrir, eux et leur petit organe émouvant.

 Imaginez Charlotte Gainsbourg qui se promène le soir devant une gare de région – nouvelle façon d’appeler la province, parce que l’expression était devenue trop agressive, péjorative – et Benoît Poelvoorde qui l’aborde et qui lui plaît, presque immédiatement, ni par son regard ni par son charme et encore moins par ses dires, plausible ? Plus fort, il séduit Chiara Mastroianni en lui parlant d’impôts et de redressement, envisageable ? Soit, mais seulement parce que dans la vie tout est possible. Alors, bien sûr, il porte une gabardine, arbore une petite barbe soignée et paraît sûr de lui, comme un séducteur. Il existe même une poésie, une petite musique charmante qui pourrait nous attirer mais non, ne tombons pas dans le romantisme, soyons pragmatiques.

 Il est dit partout de ce film que c’est un mélodrame. Là aussi, le sens a dérivé et est devenu péjoratif. L’amour ici n’existe pas, on ne le voit pas, il est supposé dans les êtres, dans les intentions, il n’existe tellement pas qu’il ne naît pas, qu’il ne grandit pas. Il paraît que c’est intrinsèque à ce type de cinéma.

 Est-ce que l’on passe aussi sur le scénario qui ne tient pas debout (un homme tombe amoureux de deux femmes dans la même petite ville sans se demander si elles se connaissent), sur le manque de sentiments réels (les gens s’aiment, s’acceptent sans que l’on ne sache comment et pourquoi ils apprennent à s’aimer) et sur l’utilisation de Skype pour encore une fois faire moderne ? Peut-on ne rien dire sur la métaphore du cœur malade de Benoît Poelvoorde, qui a des palpitations dès que son organe s’emballe pour une demoiselle, au point de passer des examens médicaux et son temps à transpirer à grosses gouttes pour bien nous montrer son malaise ?

 Ce film de Benoît Jacquot est raté, très peu original : déjà souvent influencé par la Nouvelle Vague dans ses précédents longs-métrages, il se retrouve ici pris en étau entre ses envies de grand cinéma et son côté théâtral qui passe mal à l’écran. Le réalisateur est contre l’exception culturelle française, ce qui tombe bien puisque son cinéma n’est ni exceptionnel ni culturel.

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