[Critique] « La preuve » de Amor Hakkar

13 sept

 

 

Toutes ces couleurs pour tout ce racisme...

Toutes ces couleurs pour tout ce racisme…

 

 La preuve que l’on peut faire un film sans grands moyens dans un pays où l’art n’est pas une priorité.

 Ce pays c’est le protagoniste, c’est l’Algérie. À travers les yeux de ses habitants, leurs histoires, leurs amours mais surtout leurs peurs et leurs hontes, le réalisateur nous montre le désarroi des gens. Par l’intermédiaire d’un chauffeur de taxi (ce qui nous pousse encore à faire de la voiture, Abbas Kiarostami est mon ami), on sillonne les routes poussiéreuses, on rencontre des clients et on les suit à travers le pays, on comprend leurs silences et l’on découvre leur intimité seulement lorsqu’ils sont de retour entre les murs épais de leur maison. Enfermer chacun dans sa sphère privée est un moyen discret d’empêcher tout changement, tout regroupement revendicatif. Le plus troublant dans ce film est de constater à quel point on est mis de côté lorsque l’on est dans la société publique et comment on peut ne plus se connaître une fois rentré à la maison, quand l’autre finit par nous voir comme un étranger.

 Encore un film taiseux à l’iranienne, ou à la turque, encore un film où le mensonge malgré la pureté déclarée est mis à jour. La naïveté, belle et douce, de notre antihéros permet de se mettre facilement à sa place et ainsi de ne pas comprendre les résultats médicaux si importants, de subir le manque de virilité que l’on a tous en tant qu’homme et que certains appellent faiblesse. Ce thème semble cher à Amor Hakkar puisque dans Quelques jours de répit, son excellent précédent long-métrage, il filmait la difficulté de deux homosexuels arabes à vivre leur amour au grand jour.

 Alors qu’il existe une rue de la honte au Japon, où des prostituées travaillent, il y a en Algérie une maison de la honte, là où les femmes reniées qui ont eu un enfant hors mariage, et pourquoi pas d’une relation amoureuse, sont hébergées, sont isolées. Suivant le proverbe « Il n’y a pas de fumée sans feu », les policiers suspectent les moindres agissements qui changent d’une norme étriquée, mise en place à un moment pas spécialement exemplaire. Comme un curriculum vitæ plus rempli de rumeurs que de faits qui nous suit partout et qui constitue ensuite notre image. C’est dans cette société que l’effacement de l’individu, de sa parole et de ses convictions est total. Reste que la faiblesse et le manque de violence portés haut par le scénario, ainsi que les idéaux comme l’altruisme discrètement proclamés par le réalisateur, font une fin magnifique, une happy end triste. Et pendant ce temps, des clips de rap machistes tournent en boucle à la télévision.

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