[Critique] « Jimmy’s hall » de Ken Loach

5 sept

 

 

Quand on a des amis à vélo, tout roule...

Quand on a des amis à vélo, tout roule.

 

 Qu’est-ce qui pousse Ken Loach à rester rebelle alors que tant de personnes âgées dérivent vers un continent d’incontinents, fait de facilité et de rejet de l’autre ? Qu’est-ce qui le pousse à rester sur ce qui est pour beaucoup le mauvais côté de la route, par opposition à « the right side of the road », alors qu’il connaît succès, argent et réputation ?

Son engagement politique

 Le hall de Jimmy, ce pourrait être l’image d’une troïka envahissante qui ne veut pas que s’implante sur son territoire une manière différente de penser, de danser, d’enseigner ou même de rire. En effet, sourire est aussi politique, on peut être joyeux en courant dans un champ ou en se moquant et traitant quelqu’un de clochard. La force de Jimmy’s hall est de libérer cette candeur, ce rire sonore et franc en plusieurs occasions, de réveiller un instinct humain en nous, avec parfois il est vrai des ficelles un peu grosses, au point de se demander si nous ne sommes pas dans un « feel good movie », puis de nous faire tomber de haut. Un des autres points forts consiste à lier la fête, la gaieté et la liberté à l’intelligence, à la culture. Ainsi, la subversion est représentée par le fait de prêter des livres et d’aller à l’école ailleurs qu’à l’église.

Son acharnement à dénoncer les abus de l’Église

 Ce bon vieux Ken n’est pas anticlérical, comme on l’entend trop souvent. Il s’évertue à dénoncer les dérives autoritaires de ce second État moral qui a eu une grande influence sur son Royaume-Uni, pas toujours si uni que ça. On peut remarquer qu’il n’utilise que très peu le symbolisme, qu’il décrit des faits et montre des hommes et des femmes dans des situations précises. On peut en déduire qu’il n’incrimine pas Dieu mais plutôt la croyance et ce que les humains ont fait de la religion. On voit ainsi un prêtre prêcher le faux sans vouloir connaître le vrai, garant du statu quo.

 Son envie de transmettre

 Ken Loach s’adresse au plus grand nombre. Il est même difficile dans ce film de ne pas confondre son bien-être avec de la sensiblerie tant la musique traditionnelle irlandaise peut être entraînante et intemporelle. Écouter The Corrs en sortant du cinéma est-il mal ? Mais c’est pour nous interpeller et nous donner envie de relire l’Histoire à travers l’histoire. Combien de mensonges dans nos livres scolaires, d’oublis plus ou moins volontaires, de critiques subjectives, de vainqueurs sanguinaires héroïsés, de perdants intéressants et intelligents appelés hérétiques et mis aux oubliettes ? Qui était Éamon de Valera ? Cherchez donc pour en découvrir un peu plus sur un État européen méconnu. Qui était ce Jimmy Gralton, le seul déporté d’Irlande de l’Histoire ? Jusqu’où votre compassion envers l’être à genoux IRA-t-elle ?

 C’est d’Angleterre que Ken Loach appelle les français, c’est grâce au soutien de ce public qu’il peut encore faire ses films, résister.

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