[Critique] « Tristesse club » de Vincent Mariette

19 août

 

 

On peut avoir une carte pour cumuler des points de tristesse?

Peut-on avoir une carte pour cumuler les points de tristesse ?

 

 Voilà encore un film décrié à tort et à travers par nos amis critiques cinéphiles. Parce qu’il est français et que le curseur n’est pas placé aussi bas que pour les films américains, aaah chauvinisme malvenu. Parce qu’il est de la même trempe que Alceste à bicyclette et plus récemment On a failli être amies. On montre là les très bons acteurs français presque au naturel, du moins le croit-on, par la qualité de leur jeu. On fait ces films à partir de rien sur des sujets légers pour un résultat essentiel. On est délesté du poids du scénario pour se concentrer sur le sentiment, les sentiments, les leurs et les nôtres. On voit nos failles, dans le mur de Dans la cour, ici dans les attitudes de Vincent Macaigne. On nous dévoile ces acteurs sous un aspect nouveau, on leur donne un visage amical, on se lie enfin à eux.

 Eux, ce sont ici Vincent Macaigne donc, Ludivine Sagnier et Laurent Lafitte, qui étaient déjà nos amis depuis, respectivement, La fille du 14 juillet, Huit femmes et Les petits mouchoirs, non je plaisante, depuis Les beaux jours. Au milieu de dialogues amusants, mais un peu trop second degré, ils se révèlent tendres. Un des deux frères l’est de prime abord, l’autre, sous une beauf attitude de tous les instants, se cache derrière cette carapace certes fréquente mais si exagérée ici qu’elle en devient inefficace. Ambiance enterrement gai, campagne française, panne d’essence et petit lac perdu.

 Dès les premières images, on est lancé dans un univers encourageant, le supermarché est montré coloré comme une attraction à laquelle on ne peut résister. On déchante avec Laurent Lafitte lorsque, ne pouvant payer, il demande à son gamin de dix ans s’il a un chéquier, et tout va s’enchaîner ainsi. La tristitude est montrée à tous les étages sans méchanceté, les aires d’autoroute sont filmées en plan large pour nous montrer leur laideur banale, les personnes qu’ils vont rencontrer ont un comportement louche, triste, malheureux parce qu’ils sont seuls. Les rôles secondaires sont magnifiques : Noémie Lvovsky et sa décoration intérieure sont une raison pour aller voir le film. Dominique Reymond, à voir dans Adieu Gary avec Jean-Pierre Bacri, un autre ami, est elle aussi épatante en coach de séduction, dans un autre intérieur kitsch. Philippe Rebbot, en habitant de l’autre côté du lac qui élève seul sa fille émancipée, est très bon aussi.

 Il paraît que Vincent Mariette n’invente rien avec son premier long-métrage, ça tombe bien, la vie existe déjà. Son regard, lui, est neuf et s’il reprend beaucoup d’idées de ses précédents courts-métrages, ça montre bien qu’il a une ligne directrice de cinéaste. Le pathos, le fameux, est traité de façon simple, il est symbolisé par un terrain de tennis en friche et des lanceurs de balles automatiques dont la fabrication est inachevée.

 Lorsque l’on repense à ce film, on s’en souvient comme d’une virée entre amis, un équivalent beaucoup moins irritant, consumériste, d’un Very bad trip. Des promenades sous la lune, des rencontres inattendues, peu d’argent pour se déplacer en voiture, des cartes bleues bloquées… tiens, serait-ce la différence avec ces comédies américaines censées nous détendre alors qu’elles nous abrutissent ?

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