[Critique] « Maestro » de Léa Fazer

14 août

 

fait mumuse avec la corne...

Faire mumuse avec la corne.

 

 Ayant de l’amitié pour Éric Rohmer, j’ai bien aimé le film tout en sachant qu’il n’était pas terrible. Une dualité qui ne m’a pas quitté pendant une heure vingt, durée qui me semble justifiée, ça ne vaut pas plus. On retrouve nos amis acteurs Pio Marmaï et Déborah François avec bonheur, ils incarnent Astrée et Céladon dans le dernier film d’Éric Rohmer, alias Cédric Rovère. Jocelyn Quivrin, joué par Pio Marmaï, n’était pas Céladon à l’origine mais pour qu’on le voit plus, il devient le personnage central. Léa Fazer, comme à son habitude, livre un film inégal avec quelques bonnes idées bien desservies par des noms connus, avec un manque de liant, comme un manque de passion ou de constance. En fait, à force de vouloir nous distraire sans ligne directrice, on se retrouve par moments lâchés tout proche de la vulgarité.

 Son cinéma est aux antipodes de celui du cinéaste qu’elle veut montrer. Ainsi, elle manque de tendresse et de justesse dans son analyse du grand homme. Elle le montre gâteux, imbu de lui-même, incapable de différencier un bon d’un mauvais acteur. Pire, loin de ce personnage indémodable, il devient un amoureux de littérature vieillotte et inintéressante. Et inversement, il est plaisant de constater qu’elle insiste sur son envie de rester avec la jeunesse, de la côtoyer par l’intermédiaire de ses tournages. Mais Léa Fazer est une piètre cinéaste et plutôt que de jouer sur les regards et la complicité qui s’installe, elle préfère les blagues « bande-annonce » et fait parler monsieur Rohmer en verlan ou en argot moderne pour un effet dévastateur.

 Michael Lonsdale est bon en Cédric Rovère et Alice Belaïdi apporte beaucoup de par son jeu explosif. Là encore, la réalisatrice utilise assez mal le talent de chacun, on a du mal à croire à l’amitié entre Alice Belaïdi et Pio Marmaï. Le principal problème est qu’au lieu d’être une ode aux films d’auteur – Rohmer est si particulier qu’englober ses films dans cette catégorie est assez osé, son cinéma si spécial ne pouvant plaire à une masse de gens, tout un tas d’éléments s’avèrent contre-productifs et risquent de creuser encore un peu plus un fossé entre les défenseurs de ce cinéma et la majorité du public.

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